Affichage des articles dont le libellé est France. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est France. Afficher tous les articles

jeudi, mars 22, 2007

Jeanne d'Arc la Pucelle - Apôtre et Martyre de la Royauté Universelle du Christ et du Caractère Sacré et Divin du Roi de France

Marquis de la Franquerie

Cette brochure du Marquis de la Franquerie fut d'abord éditée en 1956. Épuisée depuis longtemps, le Marquis de la Franquerie l'a revue et remise à jour, avant de nous en confier la réédition.
Cet ouvrage n'est pas seulement une fresque historique de la mission de Jeanne. Il en est surtout l'analyse d'un point de vue particulier, celui de la sainteté de la constitution monarchique de la France. Sainte Jeanne d'Arc est la "Grande Martyre du Caractère Sacré et Divin de la Royauté en France, et de la Royauté Universelle du Christ". Ce témoignage est l'essentiel de la mission de l'héroïne, que le Marquis de la Franquerie célèbre ici avec grandeur et émotion, en y apportant les éclairages si riches auxquels cet auteur nous a habitués depuis longtemps.

1 plaq - 60 pages - format 14 x 21 - Réf 053 - 5,00 Euro - Éditions Sainte Jeanne d'Arc, Les Guillots, F-18260 Villegenon, Tél. 02 48 73 74 22 - Fax 02 48 73 75 86

dimanche, février 04, 2007

Jeanne Vergne et sa mission prophétique et réparatrice pour la France et l'Eglise

Jeanne Vergne est une âme mystique, trop peu connue malheureusement, porteuse par la grâce de Dieu de remarquables lumières sur notre temps et pour l'Eglise dans sa vie présente. Elle mourut voici 50 ans (ce text fut écrit il y a 30 ans! N.d.l.R.), et après ces années d'oubli, ce cinquantenaire nous donne, providentiellement, l'occasion de la désigner à l'attention des âmes soucieuses d'un approfondissement de leur vie intérieure et de cet esprit ecclésial si nécessaire aujourd'hui.
Fille de menuisier, Jeanne naquit à Argentat, le 3 décembre 1853; la famille, bien que modeste et pauvre, était très chrétienne; Jeanne y reçut une excellente éducation et un sens aigu du sacré, de la grandeur de Dieu.
Sa mère étant tombée malade en 1864, la fillette de dix ans dut quitter l'école et se placer comme ouvrière, pour contribuer aux soins de la maisonnée. Elle fit sa communion, dans de grands sentiments de piété, en juillet 1864.
Jeanne Vergne perdit sa mère le 15 août 1865, ce qui lui fut une rude épreuve. A peine quelques jours après ce deuil, elle se sentit éveillée en pleine nuit et vit tout à côté de son lit l'âme de sa mère qui demanda pour son repos une messe promise mais que la famille avait oublié de faire célébrer. Puis la vision s'effaça sans rien ajouter. Jeanne avait été impressionnée et fit en sorte, sans rien révéler de sa vision, que la messe promise fût dite rapidement. Cette apparition à l'enfant de 12 ans est la seule grâce un peu extraordinaire que l'on rencontre dans cette première partie de sa vie, mais elle indique déjà pour une part la vocation future que le Seigneur réservait à Jeanne.
Le père se remaria et s'établit un peu plus tard à Lyon; les enfants du premier lit moururent tous, sauf Jeanne et son frère Auguste, qu'elle chérissait particulièrement et qu'elle conseilla toujours avec sagesse.
Après quelques années laborieuses, Jeanne, dont la piété simple s'approfondit à l'école de la vie et dans la fréquentation à peu près régulière des sacrements, quitta sa famille et se rendit à Nancy, puis à Lille: nous ne connaissons rien de ces années, sauf le résumé que Jenanne en fit: "tiédeur dans la religion, ennui dans l'existence." Mais, grâce à certaines confidences qu'elle fit au prêtre qui la dirigea plus tard, nous savons qu'elle était très dévouée et s'occupait des pauvres et des malheureux.
A Lille, Jeanne - qui était demoiselle de magasin - fut courtisée par un fils de bonne famille qui désira vivement épouser cette jeune fille saine, sensée et active. A ces projets, la famille du jeune homme n'eut de cesse que les deux adolescents rompissent définitivement: finalement, le mariage n'eut pas lieu et Jeanne quitta Lille pour oublier; elle s'établit à Paris, 45 passage du Caire.
Ce chagrin d'amour la mûrit, il lui sembla que sa vocation n'était pas le mariage mais une forme de vie consacrée dont elle ignorait les formes. Sa piété s'accrut, avec un attrait tout particulier pour la dévotion aux Coeurs de Jésus et Marie; les premiers temps à Paris furent douloureux, mais Jeanne réagit avec fermeté; elle se consacra plus nettement à la prière et aux oeuvres de charité, malgré de violente tentations de découragement. Les relations qu'elle conserva avec son soupirant malgré l'échec de leur projet de mariage évoluèrent rapidement en amitié spirituelle très pure et profonde. Le jeune homme refusa de se marier. Il mourut peu après très pieusement.
Ce second deuil fut suivi, pour la jeune femme, d'une vision de l'âme de son ami qui réclamait des prières... Et alors, ce fut une succession d'apparitions d'âmes du Purgatoire (parents et amis) qui venaient demander à Jeanne le secours de sa prière et le don de ses souffrances pour leur soulagement et leur délivrance. C'est par cette intimité avec les saintes âmes du Purgatoire que Jeanne Vergne, la modeste ouvrière de Paris, entra dans cette voie mystique qui fut désormais la sienne. En même temps, son Ange Gardien commença aussi à se manifester à elle, l'instruisant, l'inspirant et tournant son coeur vers la France et l'Eglise: ce furent ses deux grandes lignes, ses deux grandes intentions de prière, et son extraordinaire mission prophétique et réparatrice.
Jeanne se sentait poussée à écrire, sous forme de poésies simples mais belles, ce que son âme recevait pour la France et l'Eglise. Le lundi saint 4 avril 1896, elle rencontra l'abbé de Bessonies, chapelain d'une église qu'elle fréquentait avec prédilection et régularité: Notre-Dame des Victoires. Il devint son directeur spirituel et travailla, à partir de 1897, à la publication des pages de vers écrites par sa pénitente, les faisant paraître dans 'Le Pèlerin' sous le voile nécessaire de l'anonymat. Ces publications ont suscité un grand courant d'espérance dans le petit peuple et une sorte de chaîne d'adoration et de prière mariale.
Jeanne Vergne menait sa vie humble et laborieuse d'ouvrière, et consacrait tous ses instants libres à la prière et au devoir de la charité envers les pauvres et les malheureux. Se trouvant à Notre-Dame de Paris à la fin de janvier 1896, elle entendit Jésus, parlant en son âme, lui dire:

- "O mon enfant, crois et Je te pardonne; Je t'inviterai à ce festin sacré quand sera venu le moment... sois sans crainte, souviens-toi que Je t'ai pardonné... Dis à ta patrie qu'elle revienne à Moi; et dans un temps, la France sera relevée glorieuse."

Dans la nuit de Noël suivante, elle entendit la Vierge lui dire:

- "Ta mère, en mourant, t'avait mise sous ma protection, mais toi, tu m'as longtemps! bien longtemps! oubliée... Quand tu étais une pauvre petite fille malhereuse, as-tu eu recours à moi comme tu aurais dû faire alors? Et pourtant, je t'ai protégée, en bien des circonstances, souviens-toi!"

Dès lors, les lumières et instructions célestes se multiplièrent; Jeanne crut entendre un jour la Vierge Marie lui demander d'être une victime pour la France; Jeanne fut un peu étonnée, mais acquiesça volontiers, et dès lors (1897) elle souffrit cruellement des maladies douloureuses que sont la néphrite et l'arthrite cardiaque.
Les grâces se multipliaient. Jeanne en a peu parlé, sinon à son directeur mais il mourut bien avant elle: nous savons qu'elles furent abondantes et diverses: prophéties de la guerre de 1914-18, visions du Sacré-Coeur, annonce de la restauration future de l'Eglise meurtrie et de la France pécheresse.
Le 24 avril 1898, elle vit à Notre-Dame des Victoires le Christ en majesté, vêtu de lumière et dominant comme un balcon où des émeutiers agitaient un drapeau rouge et écartaient violemment une grande croix. Cela dura quelque temps, sous un ciel gris et morne, et le ciel s'ouvrit finalement, découvrant Jésus qui écartait les fauteurs de trouble et leurs partisans, et fixait la croix très haut, dans le ciel azuré de la France; de nombreuses petites âmes venaient en pleurant de joie vers la croix restaurée, toute lumineuse.
Il semble que cette vision annonce, d'après les détails qu'elle fournit, un grand événement qui appartient encore à l'avenir de l'histoire de France.

Jeanne Vergne menait une vie simple et fervente, balisée par la souffrance et les pénitences: migraines effroyables et grandes maladies se succédaient sans répit; Jeanne se fit un devoir de jeûner perpétuellement et de pratiquer volontairement de rudes austérités. Elle faisait contrôler très régulièrement les grâces qu'elle recevait, et observait un très strict silence sur cela, sauf avec son père - l'abbé de Bessonies - et quelques amies. Elle n'avait pas d'extases, mais un état d'oraison voisin: quand elle priait, surtout en faveur des âmes du Purgatoire, elle devenait blanche et transparente comme l'albâtre.
Elle résumait ainsi la mission que, dès 1897, le Seigneur lui avait confiée:

- "maintenir une douce lueur d'espérance sur le seuil de l'avenir."

Très vertueuse, elle pratiquait, de façon héroïque, la modestie, la prudence, une immense charité qui la faisait s'oublier pour les autres. Elle passait inaperçue, car telle était la volonté de Dieu: l'enfouissement au creux silencieux de son divin Coeur. Jeanne a connue dans le plus grand silence des épreuves particulièrement douloureuses: trahison des amis les plus chers, calomnies, dédain etc.... Elle n'y a répondu que par la charité, par la prière et un immense pardon toujours offert!

En 1902, Jeanne Vergne reçut de la Vierge l'assurance qu'elle obtiendrait, en se rendant à Lourdes, sa guérison instantanée et totale; sur l'ordre de son confesseur, qui la dirigeait avec une rare prudence, elle fit le pélérinage de 1903 et y fut guérie aussitôt! Elle avait souffert 6 ans volontairement, par amour pour le Seigneur, pour la France et la Sainte Eglise. Sa vie devait désormais rendre un témoignage autrement apostolique.
L'Abbé de Bessonies fit publier les écrits de sa pénitente, sous le titre, combien évocateur! d' "Une Voix". L'ouvrage qui parut sous le couvert de l'anonymat, eut un seccès à peine concevable et un retentissement profond, réel, dans le clergé et dans le peuple croyant tant à l'étranger qu'en France.
Guérie par la Vierge, Jeanne multiplia austérités et pénitences volontaires, pour les âmes du Purgatoire et pour mitiger quelque peu la Colère de Dieu qu'elle voyait s'abattre sur la France pécheresse; elle recevait nombre d'annonces prophétiques sur la guerre à venir, sur les futures tribulations de l'Eglise et de la France. Sainte Jeanne d'Arc et même Thérèse de l'Enfant-Jésus (qui n'était pas encore canonisée), se manifestaient à elle, lui livrant les lourds secrets de l'avenir; Jésus et Marie ne cessaient de lui parler, en des locutions à ce point fréquentes qu'elles devinrent bientôt quotidiennes, après chaque communion.

En 1909, elle perdit son frère et le vit au Purgatoire; ayant prié pour sa prompte délivrance, elle le vit bientôt s'envoler vers le ciel. En 1910, elle effectua un second bref pélérinage à Lourdes, où elle eut une locution du curé Peyramale (le curé de Ste Bernadette). Puis en 1911, elle dut se rendre à Rome, où le pape saint Pie X la reçut en audience privée: c'était le 6 juillet. Le Saint-Père encouragea cette femme extraordionaire dans sa mission, il se fit envoyer un exemplaire d' "Une Voix", et adressa sa bénédiction apostolique à Jeanne, à la suite probablement de la lecture des texte inspirés qu'elle lui avait fait parvenir. Tous les prélats les plus pieux de cette époque ont voulu voir Jeanne Vergne et s'entretenir avec elle, notamment Mgr Coullié, Cardinal Archevêque de Lyon, en 1912, et d'autres encore.
L'abbé de Bessonies mourut en 1913, et Jeanne offrit sa prière et ses souffrances pour le repos de son âme; il vint la remercier du ciel le 1° août 1915. Pendant la guerre de 1914-18, de nombreuses âmes de soldats tombés au front vinrent demander à Jeanne le secours de sa prière; elle passa des nuits d'insomnie pour elles, et celles-ci lui annoncèrent à la veille de l'année 1918 que cette année serait celle de la victoire de la France, de la paix.
Après le conflit, Jeanne se rendit, dès que cela lui fut possible, à Lisieux pour y remercier Thérèse de l'Enfant-Jésus; ce fut le 3 mai 1923, quelques jours après la béatification de la petite carmélite, qui, en 1925 se montra à elle pour lui annoncer un mieux, pour lui parler de sa mission. En effet, après la guerre, Jeanne avait été prise de maladies mystérieuses et douloureuses, et le démon eut aussi son heure: il la rouait de coups et la molestait, lui infligeant de profondes plaies à la gorge et à la pointrine. En 1926, ce fut la paralysie qui l'immobilisa dans d'atroces, lancinantes souffrances; Jésus l'appelait sur la croix, à "souffrir par amour, par devoir, par reconnaissance." De grandes grâces sur le Sacré-Coeur et le Coeur de Marie consolaient, fortifiaient la pauvre malade: visions de ce mystère des deux Coeur unis, appels de Jésus portant une croix énorme et demandant aide et fidélité pour quelque temps etc. ...
Finalement, après avoir encore reçu des appels des âmes de Th. Gautier et Renan à la fin de l'année 1926, Jeanne Vergne succomba à la maladie et à l'épuisement le mardi 25 janvier 1927; elle était âgée de 74 ans! Dès sa mort, le corps redevint frais et beau, et, pendant trois jours, il resta incorompu...

Christian Rouvières
Centre BETHANIA - Chaussée de Waterloo 25, B-5000 Namur, "Rosa Mystica", Juillet et Août 1977

vendredi, février 02, 2007

La Vierge Marie dans l'Histoire de France - Chapitre VIII

Saint-Louis Sourire de Marie à la France et au Monde

On l'a dit avec raison, le coeur d'une mère - s'il répond à la mission que Dieu lui confie - reçoit toutes les grâces et toutes les délicatesses pour déposer dans l'âme de ses enfants les vertus susceptibles d'en faire des saints.
Blanche de Castille fut vraiment la digne mère d'un fils tel que Saint Louis; et sans les admirables qualités d'énergie, de coeur et d'intelligence de la Reine Régente, éclairées par une foi profonde et une confiance admirable en Marie - le modèle de toutes les Mères - le monde n'eut peut-être jamais connu ni admiré le type idéal du Roi et du Gouvernement Chrétiens.
Blanche de Castille, qui avait appris par Saint Dominique, les admirables effets de la dévotion au Rosaire, - notamment la victoire de Simon de Montfort sur les hérétiques albigeois -, s'empressa de s'associer à la Confrérie naissante établie par le fondateur des Frères Prêcheurs, et, voulant donner à la France un Monarque digne du plus beau royaume après celui du Ciel, confia son désir à Marie, récita et fit réciter aux personnes pieuses de son entourage, le Rosaire et ainsi "obtint un Fils qui mit la sainteté sur le Trône, qui fut à la fois un grand saint et un héros incomparable, qui consacra sa couronne par toutes les vertus chrétiennes et illustra son règne par les plus beaux exploits". (1).
Régente très jeune, alors que son Fils n'avait que douze ans, Blanche de Castille fut immédiatement en butte aux attaques des grands seigneurs. Elle comprit alors que le secours de Celle qui lui avait accordé ce Fils était nécessaire et que, d'autre part, pour rendre efficace cette protection et lui permettre de se manifester avec plus d'éclat, il fallait que ce Fils bien-aimé reçut l'Onction Sainte du Sacre. Louis VIII étant mort le 8 Novembre 1226, dès le 29 Novembre suivant le jeune prince est sacré à Reims. Dès lors - sous peine de sacrilège - ses ennemis ne pouvaient plus s'attaquer à l'Enfant Roi, mais seulement à la Reine Régente. Blanche avait vu juste, la rapidité avec laquelle le Sacre eut lieu, jeta le désarroi chez les barons qui, pour agir devaient se concerter; ils en eurent pas le temps avant le Sacre. Après, - ils ne tardèrent pas à le constater - il était trop tard, la seule présence du jeune Roi - Oint du Seigneur - au milieu de son armée fut suffisante, à plusieurs reprises, pour empêcher l'attque des grands feudataires de la Couronne (2). Bien plus, peu à peu, ceux - tel le Comte de Champagne - qui avaient défendu les droits du Roi furent soutenus par Lui dans leurs propres domaines et ces domaines furent agrandis, tandis que furent vaincus et humiliés les autres qui perdirent une partie de leurs biens.
Pendant que la Reine défendait les droit de son Fils, elle avait recours à la Vierge. Elle fonda l'abbaye de N.-D. des Hiverneaux en son honneur et emmena souvent son fils aux pieds de Notre-Dame de Longpont "alors que Thibaut de Champagne, pour le soustraire au complot des seigneurs, révoltés contre la Régence de Blanche de Castille, vint abriter derrière les murs épais du château de Montlhéry la minorité du jeune prince". (3). La Reine n'avait pas seulement inculqué à Louis IX le culte de Marie, elle lui avait choisi - pour sa formation religieuse et intellectuelle - les meilleurs théologiens et les plus hautes sommités dans tous les domaines de l'enseignement que le jeune Roi devait recevoir afin que son âme et sa piété, ainsi que toutes ses facultés et toutes ses connaissances prissent leur source dans une foi profonde, éclairée par une solide théologie. Dans son oeuvre d'éducation, la Régente trouva l'appui le plus actif et le plus efficace dans le Successeur de Pierre. Le Souverain Pontife maintint, pendant toute la jeunesse du Roi, un Légat choisi parmi les plus grands du Sacré Collège, le cardinal de Saint Ange.
Le Fils se montra digne d'une telle Mère, et l'élève de tels maîtres.
Saint Louis, baptisé à N.-D. de Poissy, aimait tellement cette église où il était devenu enfant de Dieu qu'il signait souvent Louis de Poissy. C'est donc sous la protection et sous l'oeil de Marie non seulement qu'il vint au monde - puisqu'il Lui doit d'être né - mais aussi sa naissance à la grâce et à la vie chrétienne. Aussi se montra-t-il toute sa vie dévoué à la Sainte Vierge. "Il soutint par ses largesses beaucoup de fondations en l'honneur de Marie, et un grand nombre de communautés vouées à son culte... Chaque samedi, jour qui est consacré à la Mère de Dieu, il rassemblait les pauvres dans son palais, leur lavait les pieds qu'il baisait avec respect, après les avoir essuyés de ses mains royales; les servait lui-même à table et leur distribuait une riche aumône." (4). Chaque jour le Roi récitait l'office de la Sainte Vierge.
Il est une fondation qui dès son enfance, tint plus particulièrement au coeur de Saint Louis: l'Abbaye de Notre-Dame de Royaumont, construite en exécution du désir testamentaire de son Père. Non seulement il en fut le fondateur, mais encore il voulut personnellement, manuellement, à la sueur de son front, "participer" à la construction de l'abbaye. Du manoir d'Asnières (sur Oise), nous dit le Confesseur de la Reine Marguerite, il venait ouïr la messe à Royaumont, puis servait les maçons, portant la civière chargée de pierres, avec un moine; il faisait travailler de même ses frères Robert, Alphonse et Charles, ainsi que les chevaliers de sa compagnie. Et un jour que durant le travail, ses frères voulaitent causer, s'ébattre et reposer un peu, il leur dit que, celà étant interdit aux moines, ils devaient s'en abstenir." Le Roi y fit de fréquents séjours; vivant de la vie des moines et assistant aux offices de nuit et de jour".
Il assistait volontiers au chapitre quotidien, mais se considérant indigne d'être traité en religieux, il s'asseyait sur de la paille, au pied d'un pilier, alors que les moines occupaient les hauts sièges. Il prenait ordinairement ses repas au réfectoire; quand il n'y mangeait pas, il se joignait aux moines servants pour faire leur office.... Il visitait souvent les malades à l'infirmerie. Dans une cellule à l'écart, languissait un moine lépreux. Le Roi tout seul, ou bien avec un dignitaire de l'abbaye allait le voir et l'entretenir. Un dimanche, accompagné de l'Abbé, il voulut faire manger le malheureux, à qui ses mains rongées et mulitées refusaient leur usage. Il lui coupa ses viandes, commandées excellente à la cuisine, et il les lui mettait dans la bouche par morceaux, avec grande précaution, ayant soin d'essuyer le sel qui aurait pu brûler ses lèvres à vif; et il se tenait à genoux devant le malade pour honorer le membre souffrant de Christ, ce que du faire aussi l'Abbé par déférence pour le Roi". (5).
Dans son "Histoire de Royaumont", l'Abbé Duclos fait un tableau attachant du parallélisme entre la croissance du jeune Roi et celle de l'Abbaye. Alors que le Roi grandissait en âge et en sainteté, les bâtiments de l'abbaye s'élevaient de plus en plus importants et magnifiques et "le développement temporel et territorial de Royaumont" se pousuivait parallèlement.
Créée par Louis IX, il fut donné à l'abbaye de Royaumont de recréer sans cesse l'âme de son fondateur. Le jeune Prince et l'abbaye avaient grandi ensemble; comme leur adolescence s'était mêlée, leur maturité respective s'entraida.
"Un grand désir d'améliorer la France sous le rapport matériel et moral, le ferme dessein d'imprimer à son gouvernement un caractère d'équité, de respect des droits, d'amour de la justice et du bien public, le besoin d'illustrer la nation, de la moraliser et de réaliser un idéal de royauté qui fut le triomphe des principes d'intérêt public, voilà le but que Saint Louis se traça lui-même, et vers lequel il marcha avec une volonté imperturbable et sage, avec une rigidité de conscience que rien ne put altérer". (6).
La campagne de 1242 par laquelle Saint Louis mit à la raison l'Angleterre et les grands féodaux, grâce aux victoire éclatantes de Taillebourg et de Saintes, révéla en lui un homme de guerre chez qui le courage personnel doublait la sûreté du coup d'oeil du stratège. Le peuple de Paris - bien que le Roi ait prescrit d'éviter toutes dépenses inutiles - le reçut en triomphateur. Après avoir laissé son peuple lui manifester son ardent amour, il se dérobe, pour ainsi dire aux ovations et loin de s'enorgueillir, il accourt à Royaumont et c'est dans le silence du cloître qu'il vient se reposer de ses victoires, déposer ses lauriers et par la prière remercier Dieu de son triomphe.
"Il est à la fois guerrier et moine et l'on se demande si ce n'est pas Royaumont qui s'imprima dans cette belle âme pour en faire jaillir ce que le monde a vu. Il y eut dans cette nature, tout à la fois la fierté du monarque et l'humilité du cénobite, le courage martial du solat et la douce tendresse de la femme; il y avait de la gaîté et de l'austérité."(7)
Dans sa prédilection pour Royaumont, Saint Louis n'oubliait pas cependant les autres sanctuaires de Marie. Il aimait à venir prier à N.-D. de Mantes en compagnie de sa Mère et de la jeune Reine (8), ainsi qu'à N.-D. de Montmelian. A Senlis il construisit une église en l'honneur de Marie et prescrivit que chaque jour une messe y serait célébrée pour le Roi à l'autel de la Vierge. En 1244 il vint, accompagné de sa Cour et du futur roi de Portugal, à Rocamadour et s'arrêta, au retour, à N.-D. de Livron, près de Caylus. La même année, il fonda, de concert avec sa Mère, l'Abbaye Royale de N.-D. du Lys à Dammarie (9); fit de larges libéralités au prieuré de Fontaine les Noues près de Meaux, ainsi qu'à la collégiale royale de N.-S. de Melun dont tous nos rois portaient le titre d'abbé.
A Paris, le Roi venait souvent prier Marie dans la basilique métropolitaine, et quand il eut construit la Sainte Chapelle, attenante à son palais, pour y recevoir les précieuses reliques de la Passion du Sauveur, sa piété ne séparant pas la Mère du Fils, il tint à ce que la crypte de la chapelle fut dédiée à la Vierge. La dédicace eut lieu en 1248. Le peuple de Paris s'unissait au Roi dans un même culte pour Marie; à cette époque, en effet, dans l'Ile Notre-Dame où s'élevait la merveilleuse basilique, la Mère de Dieu y était spécialement honorée dans l'église Saint Denis de la Châtre sous le vocable de N.-D. des Voûtes; dans celle de Sainte Croix où était le siège de la confrérie des cinq plaies de N.D. et deux églises lui étaient encore dédiées: N.-D. de l'Etoile (à l'emplacement de la Sainte Chapelle) et N.-D. de l'Ile, sans compter les innombrables corporations placées sous le patronage de la Reine du Ciel.
Le Roi aimait à venir à Pontoise, au sanctuaire dédié à Marie et, comme les pèlerins trouvaient la chapelle trop exiguë, il fit de tels dons qu'on put bientôt élever une magnifique église sur le portail de laquelle on plaça la statue miraculeurse, apportée là par saint Guillaume, chapelain de Philippe-Auguste, sans qu'on en connut l'origine. Il était une autre fondation à laquelle Saint Louis s'attacha beaucoup également: Notre-Dame de Maubuisson, tout près de Pontoise. Cette abbaye avait été fondée par Blanche de Castille qui habitait la région de Pontoise. Les travaux commencés en Mai 1236, la basilique abbatiale put être consacrée le 26 juin 1244 par Guillaume d'Auvergne, Evêque de Paris, en présence de Louis IX et des deux Reines, sous le vocable choisi par Blanche de Castille "Notre-Dame la Royale". Le Roi et le Pape accordèrent à l'abbaye de très importants privilèges auxquels vinrent s'ajouter les magnifiques revenus octroyés par la Reine Mère."
La prédilection de la Reine Blanche pour Maubuisson y attirait souvent le bon Roi Saint Louis. Au mois d'août 1244, peu de temps après la dédicace de l'abbaye, Louis se trouvait à N.-D. la Royale, lorsqu'il fut pris tout à coup d'une très cruelle maladie.

"Très venimeuse et très amère
que l'on appelle dissentère
es livres des physiciens. (10).

"Cette dyssentrie le plongea dans un abattement tel que pendant plusieurs heures, il resta privé de sentiment. Après avoir tenté d'inutiles efforts pour le ranimer, les médecins "s'empartirent" déclarant qu'il était mort; alors tous les huis furent ouverts "et y allaient tous ceux de l'hostel à qui il plaisait, et furent mandés prélats pour faire la commendasse de l'âme" (11). Chacun venait en pleurant prier près du lit funèbre.

"Le peuple entour lui amassé
l'ot une heure pour trespassé.

"seule une des dames qui le gardait espérait encore, ne voulant pas consentir à ce qu'on lui rejetât le drap sur le visage comme aux défunts. (12). En cet état on entendit tout à coup un faibel gémissement s'échapper de la poitrine du Roi. La foule poussa de grand cris; les "physisciens" accoururent; ils entrouvrirent, à grand peine, les lèvres du moribond, et lui firent avaler quelques gouttes de "caudiel". (13).
"Peu à peu, le Roi reprit ses sens; mais à peine eut-il recouvré connaissance, qu'il demanda l'évêque de Paris et le requit de lui donner la croix d'outre mer. L'évêque, au comble de la surprise, hésitait, mais les instances du Roi furent telles, qu'il ne put y résister. Le royal malade expliqua depuis que, pendant sa léthargie, il avait reçu dans une vision l'ordre d'aller en terre sainte relever l'étendard Chrétien abattu par les Musulmans.
"En apprenant cette résurrection, les deux Reines passèrent d'une extrême douleur à une extrême joie; mais quand elle vit son fils croisé, Blanche "fut aussi transie que si elle "l'eut vu mort". (14).
"Saint Louis employa trois ans à préparer l'accomplissement de son projet. Dans ce laps de temps, il fit à Mauduisson des séjours assez prolongés... Ce fut seulement le 25 août 1248 qu'il put s'embarquer à Aigues-Mortes" (15), sous l'oeil protecteur de la Vierge aux Saintes Marie de la Mer; mais avant son départ, le Roi avait tenu à venir s'agenouiller à N.-D. de Pontoise devant l'image miraculeuse pour lui consacrer le sort de la France, de son armée et de sa personne. (16).
Au cours de la croisade, même aux moments les plus douloureux et au milieu des pires dangers, le calme du Roi ne l'abandonna jamais, ni la sereine possession de lui-même."Ce qui est admirable, observe l'abbé Duclos (17), c'est qu'à côté de l'Arabe frémissant de rage, Louis s'occupait de la France, de grandes mesures administratives et financières à y introduire" et même de sa chère abbaye de Royaumont, la charte de Septembre 1249, donnée au camp de Damiette en est la preuve (18). La croisade fut un désastre; l'armée et la flotte furent en grande partie détruites, le Roi fait prisonnier.... Durant sa captivité, il se montra si grand qu'il en imposa à ses vainqueurs eux-mêmes.
Rentré en France, "dès que Louis IX pouvait se dérober aux affaires et aux réceptions, il s'échappait de sa capitale pour voler vers sa fondation favorite (Royaumont) déposant alors tout insigne royal sur le seuil du cloître, il exigeait qu'on l'y traitat comme un simple moine, mangeant au réfectoire, dormant au dortoir, travaillant au jardin, suivant efin tous les exercices de la communauté". (19).
Puis il va, à nouveau, parcourir les principaux pèlerinages de la Vierge. En 1254, il vient au Puy apporter la statue miraculeuse de Notre Dame que le Sultan lui a donnée et que la tradition dit avoir été sculptée par le prophète Jérémie, lorsque poursuivi par la haine des siens, il se serait retiré en Egypte annonçant la destruction des idoles par un Dieu qui naîtrait d'une Vierge (20). Le 3 mai, la statue est portée processionellement pour remercier Marie du retour du Roi de la Terre Sainte. Louis exempte Notre-Dame du Puy du droit de régale, fait don au trésor de l'insigne basilique d'une sainte Epine et la Reine Marguerite qui l'accompagne, dépose aux pieds de la statue le diadème de perles qu'elle porte.
A Murat, il donne à N.-D. des Oliviers une autre statue rapportée de Palestine; fait en 1255 le pèlerinage de N.-D. de la Treille à Lille et vient la même année à N.-D. de Chartres pour recevoir le Roi Henri III d'Angleterre. Il y revient en 1260 pour le dédicace de la nouvelle cathédrale à Marie, et obtient du Pape Alexandre IV de précieuses indulgences pour les pèlerins qui visitent la basilique mariale (21). En 1262, étant à Clermont pour le mariage de son fils Philippe, avec Isabelle d'Aragon, il donne à Notre-Dame une somme égale à la dot qu'il constituait à chacune de ses filles, soit 12.000 livres. (22). Enfin en 1264 il accompagne à Notre-Dame de Boulogne le Légat Pontifical pour assister au Concile des Evêques d'Angleterre... Etc.
Il ne faudrait pas croire que la piété du Roi et son culte profond pour Marie, nuisissent à son gouvernement. Bien au contraire, jamais le Roi ne fut plus actif qu'après son retour d'Orient."Il y a un fait d'où sort un problème et une question: c'est le grand ascendant exercé par Louis IX après son retour de sa première croisade en 1254". Quoique vaincu et ayant subi un désastre, la France le vit agir comme nul conquérant n'avait osé, s'entourant d'hommes nouveau, organisant son royaume sur des bases nouvelles, et achevant par des dispositions législatives savamment combinées la soumission des remuants barons... en substituat à la justice seigneuriale le droit romain et la monarchie judiciaire à la monarchie tumultueuse et fragmentée des barons. On ne peut conteter que Saint Louis ait été un homme d'une grand activité non seulement guerrière, chevaleresque, mais politique, intellectuelle même; il pensait à beaucoup de choses, était fortement préoccupé de l'état de son pays, du sort des hommes; il avait besoin de régler, de réformer, s'inquiétant du mal partout où il l'apercevait et voulant partout porter remède...(23).
Le Roi ne voulait "vivre que pour travailler sérieusement aux améliorations et au bonheur de la France; il avait fait dresser des listes exactes de tous les laboureurs dans le besoin, des artisans sans ouvrage, des veuves et des orphelins sans secours, et des filles sages pauvres qui étaient à marier. Chaque jour sur l'épargne royale, accrue, non par des impôts qu'il abhorrait, mais par l'économie administrative, il mettait des sommes à part, tant pour donner aux uns les instruments aratoires et les animaux de labour, que pour assurer aux autres des dots et des aliments. Il fonda des hôpitaux pour les lépreux et pour les aveugles, et ouvrait des manufactures où il employait à une industrie nationale de laborieux ouvriers". (24).
Cette remarquable activité du saint Roi, toujours dirigée en vue du bien temporel de ses sujets avait pour but surpême leur fin dernière, le bien de leur âme et l'accomplissement de leur devoir envers Dieu. Dieu premier servi toujours! Il est un trait qui peint bien la pensée du grand Roi sur ce point; il n'aimait pas la poésie de son temps, trop licencieuse à son gré, et répugnait aux chansons mondaines pour la même raison, allant jsqu'à recommander "fort naïvement à l'un de ses écuyers qui les chantait d'apprendre plutôt l'Ave Maris Stella". (25).
C'est au prestige de la sainteté et à la popularité de sa piété que Saint Louis dut l'universelle influence qu'il exerça sur ses contemporains et put mener à bien les réformes fondamentales qu'il imposa. La rigidité de sa conscience et "la suavité de sa piété" donnent la clé de son règne et remarque très justement l'historien de la célèbre abbaye, "l'honneur de Royaumont, c'est d'avoir fourni à la poitrine de Saint Louis l'air respirable dont il avait besoin; c'est d'être l'explication suprême et finale de cette haute personalité". (26). Or, c'était Marie qui régnait à Royaumont.
Une telle vie - si intensément chrétienne et surnaturelle - devait finir dans une apothéose de martyre. En la fête de l'Annonciation, en 1267, il proclama devant le Parlement la nécessité de la huitième croisade. Il la prépara, comme la première, avec toute son âme et tous ses soins; avant de s'embarquer, il vint en pèlerinage à N.-D. de Vauvert, qui avait sauvé de la tempête la flotte de Jacques d'Aragon, peu auparavant, puis débarqua à Tunis. Là, il contracta la pest et en mourut. Pour couronner par son dernier soupir les hommages rendus à la Mère de Dieu chaque samedi, il avait désiré mourir ce jour-là, et cette grâce lui fut accordée par Marie qui, le samedi 25 août, le reçut et le couronna en paradis.

(1) Hamon, op. cit. I, 112
(2) Voir H. Wallon: "Saint Louis" les deux premiers chapitres: Mme de Witt "Les Chroniqueurs de l'Histoire de France" 2e série; Le recueil des Historiens des Gaules et de la France.
(3) Auguste Nicols: "Notre-Dame de Longpont", p. 30.
(4) Hamon, op. cit., I, 113
(5) René Brécy: Saint Louis à Palerme et à Royaumont. D'après le Confesseur de la Reine Marguerite (p 344 à 351) d'après Lenain de Tillemont (tome I, 493 et 495) et Essai de l'Histoire de l'Ordre de Citeaux Tome IX.
(6) Duclos: "Histoire de Royaumont", I, 186.
(7) Id., I, 191 et 192.
(8) Hamon: I, 370.
(9) Le trésor de l'Abbaye eut le coeur de Blanche de Castille, le silice de Saint Louis et quelques ossements du saint Roi.
"On aimait si tendrement Marie dans le diocèse de Meaux, à cette époque, que pour avoir le loisir de la prier davantage, on s'abstenait du travail l'après-midi du samedi aussi rigoureusement que le dimanche, et l'on venait dans cette moitié du jour, se serrer autour de son autel, comme des enfants autour de leur mère". (Hamon, I, 247).
(10) Guil. Guiart: la branche aux royaux lignages - Hist. de France: XXI, 185.
(11) Baudouin d'Avesnes, id. XXI, 164.
(12) Joinville, édition Ducange, p. 22.
(13) Bouillon chaud.
(14) Joinville, id.
(15) Historiens de France, XXI, 506. - Pendant que son Fils était en Orient, Blanche de Castille mourut le 26 novembre 1252. Elle se fit enterrer à Maubuisson (Hist. de France: XXI, 83. - Chronique anonyme). A son retour de la croisade, St-Louis vint fréquemment à Maubuisson, y fit d'importantes donations et en 1270 avant de partir pour sa 2e croisade se recommanda aux dames du Monastère. (Id. XXI, 506 - et Félibien: Preuves, III 604 - Pour les Lettres des St-Louis en 1270, voir: Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, Tome XVIII, 265) Blanche de Castille avait donné à Maubuisson une statue de Marie ouvrante, formant tryptique en bois sculpté, magnifique travail espagnol du XIIIe siècle. Cette statue est actuellement dans l'église de Saint-Ouen-l'Aumône. La Reine Marguerite dota la chapelle Saint-Michel.
(16) L. Lefèvre: Notre-Dame de Pontoise, tome II.
(17) Duclos: Histoire de Royaumont, I, 209.
(18) Cartulaire de Royaumont, II, 1189
(19) Duclos, op. cit. I, 213, et Villeneuve-Trans: Histoire de St-Louis, tome III.
(20) R. P. Aug. Lépicier: Rapport au Congrès marial servite de Portland - Messager de la Très Sainte Vierge, mai-juin 1936, p. 106: note.
(21) Dans la basilique mariale de Chartres "au portail septentrional s'épanouit la Rose de France. Saint-Louis, et Blanche de Castille en furent les donateurs, et leurs armes figurent dans les médaillons. Le sujet est: la Glorification de Notre-Dame, refuge des pécheurs", (Mgr. Harscouët, op. cit. p. 71).
(22) Hamon, II, 92.
(23) Duclos, I, 216, 217.
(24) Id. I, 206 et 207 - d'après Joinville, le confesseur de la Reine Marguerite, Tillemont (manuscrit 55 sur Saint-Louis)
(25) Wallon: Saint-Louis, p. 55.
(26) Duclos, I, 215. Ajoutons que Saint Louis aimait tellement Royaumont que pour donner un témoignage de tendresse à la Reine Marguerite, il lui assigna en douaire Asnières sur Oise avec son château, son parc et ses dépendances, parce qu'à Asnières, ils vivaient heureux et près de Royaumont.

mercredi, janvier 31, 2007

La Vierge Marie dans l'Histoire de France - Chapitre VII - (3)

Quant au Mont Saint Michel, sans doute ce pèlerinage est spécialement consacré au Grand Archange, qui est le protecteur attitré de la France et de nos Rois et en quelque sorte leur ange gardien (14), mais le Prince des Milices Célestes - lors de l'épreuve imposée par Dieu aux Anges - ayant été le premier à reconnaître et à proclamer la Royauté de Marie et à entraîner les bons anges à son service, et s'étant ainsi constitué son premier Chevalier, il est normal que Marie aime d'une particulière dilection tout ce qui touche à la gloire de Saint Michel et veuille en rehausser l'éclat. C'est ce que la Reine du Ciel tint à faire dans le sanctuaire de l'Archange au Mont Tombe. La tradition rapporte en effet que souvent les anges apparaissaient dans la basilique - à tel point que le Monastère fut appelé pour cette raison "le palais de Anges" et que Marie aimait à se joindre à eux pour y chanter les louanges du Très-Haut; et quand, en 1118, la foudre incendia l'église, dans l'embrassement général, seul l'image de Marie demeura intacte. Ajoutons que la célèbre abbaye possédait d'insignes reliques de la Vierge que les foules venaient vénérer: des cheveux et queques fragments de sa tunique et de son voile. (15).

Le culte de Marie avait pénétré la vie même des institutions et de toutes les classes de la société: le Cardinal Thomas disait avec raison: "Le chaste culte de Marie inspira toujours la chevalerie française et créa parmi nous des traditions de loyauté, de courtoisie et d'honneur qui ont survécu à toutes les défaillances, et sont encore à l'heure présente la plus belle parure de notre civilisation." C'était devant l'autel de la Vierge que les futurs chevaliers passaient la veillée des armes parce que Marie était la plus pure et la plus noble expression de leur idéal.
Quant aux classes laborieuses, réunies dans leurs corporations, elles avaient à coeur de les consacrer à Marie ou tout au moins de constituer des confréries en son honneur (16).

Ce tableau serait incomplet si on ne parlait pas de l'une des preuves les plus éclatantes de l'intensité de l'amour de la France tout entière pour Marie et de sa confiance en Elle: de toutes parts, églises, abbayes, monastères, chapelles surgissent sous le vocable de la Reine du Ciel, à tel point qu'au dire de quelques historiens, c'est à un édifice dédié à la Vierge que plusieurs milliers de villes ou de communes de notre pays doivent leurs existence. C'est l'amour de Marie qui inspira la construction de nos magnifiques cathédrales - les plus belles du monde incontestablement, car en elles seulement on sent une âme qui vibre intensément - admirables symboles de la foi et de la prière qui s'élancent toujours plus haut vers le ciel. L'enthousiasme que suscitait le culte der Marie en France était tel, dans toutes les classes de la population qu'on vit les scènes les plus touchantes et les plus édifiantes se produire à l'occasion de ces constructions qui incarnent très véritablement l'âme de la nation toute entière. Aucun sacrifice, aucune privation, aucune peine n'étaient considérés comme trop grands pour élever à Marie des temples dignes de la Reine du Ciel, de la Mère de Dieu, de celle que dès ce moment on considérait comme la Souveraine de notre Patrie. Les scènes suivantes décrites par les contemporains en sont la preuve combien éloquente et émouvante. L'archevêque de Rouen, Hugues, écrit à Théodoric, évêque d'Amiens:

"Les oeuvres de Dieu son grandes et toujours proportionnées à ses volontés! C'est à Chartres que des hommes commencèrent à traîner des chariots et des voitures pour élever une église, et que leur humilité fit jaillir des miracles. Le bruit de ces merveilles s'est répandu de toutes parts, et enfin a réveillé notre Normandie de son engourdissement. Nos fidèles, après avoir demandé notre bénédiction, ont voulu se rendre en ces lieux (Chartres) et accomplir leurs voeux; puis sont revenus, à travers notre diocèse et dans le même ordre, retrouver l'église de notre évêché, leur mère; bien résolus à n'admettre dans leur société personne qui n'eut auparavant confessé ses péchés et fait pénitence, qui n'eut déposé toute haine et tout mauvais vouloir, qui ne fut rentré en paix et en sincère concorde avec ses ennemis. Avec de semblables résolution, l'un d'eux est nommé chef; et, sous son commandement, tous humbelement et en silence s'attèlent à des chariots, offrent des aumônes, s'imposent des privations et versent des larmes... Ainsi disposés, ils sont témoins en tous temps, mais surtout dans nos églises, de nombreux miracles opérés sur les malades qu'ils conduisent avec eux, et ils ramènent guéris ceux qu'ils avaient amenés infirmes". (17).

Robert du Mont, autre contemporain, parle de même:

"Ce fut à Chartres que l'on vit pour la première fois des hommes traîner, à force de bras, des chariots chargés de pierres, de bois, de vivres et de toutes les provisions nécessaires aux travaux de l'église dont on élevait les tours. Qui n'a pas vu ces merveilles n'en verra jamais de semblables, non seulement ici, mais dans la Normandie, dans toute la France et dans beaucoup d'autres pays. Partout l'humilité et la douleur, partout le repentir de ses fautes et l'oubli des injures, partout les gémissements et les larmes. On peut voir des hommes, des femmes, même, se traîner sur les genoux à traves les marais fangeux et se frapper durement la poitrine en demandant grâce au ciel, tout cela en présence de nombreux miracles qui suscitent des chants et des cris de joie".
Dans son "Histoire des Miracles qui se sont faits par l'entremise de la Sainte Vierge en 1140" l'abbé Haymon, témoin des faits, les raconte ainsi avec une couleur et une vérité qui les font, en quelque sorte, revivre à nos yeux:
"Qui n'a jamais vu des princes, des seigneurs puissants de ce siècle, des hommes d'armes et des femmes délicates, plier leur cou sous le joug auquel ils se laissent attacher comme des bêtes de somme, pour charrier de lourds fardeaux? On les rencontre par milliers traînant parfois une seule machine, tellement elle est pesante, et transportant à une grande distance du froment, du vin, de l'huile, de la chaux, des pierres et autres matériaux pour les ouvriers. Rien ne les arrête ni monts, ni vaux, ni même rivières; ils les traversent comme autrefois le peuple de Dieu. Mais la merveille est que ces troupes innombrables marchent sans désordre et sans bruit... leurs voix ne se font entendre qu'au signal donné: alors ils chantent des cantiques ou implorent Marie pour leurs péchés... Arrivés à leurs destinations, les confrères environnent l'église; ils se tiennent autour de leurs chars comme des soldats dans leur camp. A la nuit tombante, on allume des cierges, on entonne la prière, on porte l'offrande sur les reliques sacrées; puis les prêtres, les clercs, et le peuple fidèle s'en retournent avec grande édification, chacun dans son foyer, marchant avec ordre, en psalmodiant et priant pour les malades et les affligés". (18).
Oui, vraiment, la construction de nos magnifiques cathédrales (19), a été le plus éclatant témoignage de filiale tendresse de notre peuple pour Marie et comme le plébiscite par lequel il L'a reconnue comme sa Reine, comme la Dame de toutes ses amours. Si les Grecs l'appellent Panagia, ou la Toute Sainte, les Italiens la nomment la Madone, ... la France lui a donné le beau et expressif nom de NOTRE-DAME, c'est-à-dire "Souveraine". (20).
"Notre Dame, nom évocateur, du plus beau Moyen Age, de la Chevalerie, des Croisades. Notre Dame! nom touchant plein de piété, d'amour, et de respect, le plus beau dont on ait désigné la Vierge! C'est la France qui l'a trouvé". (21).
On comprend, dès lors, que le Pape Urbain II, venant prêcher la première Croisade et traversant la France, y ait admiré la multitude extraordinaire des églises et des chapelles, des abbayes et monastères consacrés à Marie et plein d'émotion se soit écrié, sans crainte de se tromper: "REGNUM GALLIAE, REGNUM MARIAE, NUNQUAM PERIBIT!" Le Royaume de France st le Royaume de Marie, IL NE PERIRA JAMAIS!
On conçoit que, devant de pareils actes de confiance et de foi totale, absolue, Marie ait accordé d'innombrables miracles. Mais la société tout entière ayant manifesté sa foi d'une manière aussi édifiante, la Vierge se devait de récompenser magnifiquement ces témoignages d'amour non seulement par des grâces individuelles de conversions et de guérisons, mais encore par une royale bénédiction pour la Société tout entière. Cette royale récompense, ce sourire radieux de Marie fut le règne se Saint Louis.


(1) Hamon - op. cit. I, 244 et 245.
(2) Voir la note spéciale concernant le culte de la maison de Lorraine, au chapitre XVI, note 11, ainsi que ce qui en est dit aux chapitres XI et XII.
(3) Dom Bouquet, Recueil des Historiens des Gaules et de la France, XI 433 D.
Antoine Le Roy, chanoine et archidiacre de Boulogne écrit dans "La Vierge Miraculeuse de Boulogne" (1682):
"L'an 633 ou 636, sous le règne du Roy Dogobert est arrivé au port de Boulogne un vaisseau sans matelots et sans rames, que la mer, par un calme extraordinaire semblait vouloir respecter. Une lumière qui brillait sur ce vaisseau fut comme le signal qui fit accourir plusieurs personnes pour voir ce qu'il contenait. On y vit l'image de la Sainte Vierge faite en bois en relief, d'une excellente sculpture d'environ trois pieds et demie de hauteur, tenant Jésus Enfant sur son bras gauche. L'image avait sur le visage je ne sais quoi de majestueux et de divin qui semblait d'un côté réprimer l'insolence des vagues et d'un autre solliciter sensiblement les hommes à lui rendre leur vénération.
Les fidèles étaient dans une chapelle de la ville haute à faire les prières accoutumées, et y virent la Sainte Vierge qui les avertit que les anges, par un ordre secret de la Providence, avaient conduit un vaisseau sur leur rade, où l'on trouverait son Image.
Elle leur ordonna de l'aller prendre et de la placer ensuite dans cette chapelle comme étant le lieu qu'elle s'était choisi et destiné pour y recevoir à perpétuité les effets et les témoignages d'un culte particulier.
Le bruit s'en répandait aussitôt et le peuple descendit en foule sur le rivage pour y recevoir ce sacré dépôt et ce riche monument de la libéralité divine qui fut solennellement porté dans l'église.
Cette statue a dû être faite par Saint-Luc, comme celle de Lorette, semblable en sa grandeur et en sa nature qui est d'une espèce de bois incorruptible. Il avait une grâce particulière pour pouvoir représenter au naturel la figure de la Sainte Vierge à laquelle il était très affectionné. Il en a fait diverses images; tant en relief qu'en peinture que Dieu a rendues recommandables par un grand nombre de miracles.
Cette statue peut venir de l'Orient, d'Antioche, de Jérusalem par l'invasion des Sarrasins comme si Dieu, dans ces temps où les barbares s'emparaient de la Terre Sainte, aurait voulu que l'image de sa Sainte Mère, chassée de Palestine trouvât son asile justement dans une ville qui devait un jour donner la naissance à l'invincible Godefroy de Bouillon, ce grand restaurateur de son saint Nom dans les Pays du Levant.
Outre les anciennes généalogies des Comtes de Boulogne qui nous parlent de l'arrivée et de la réception de notre Sainte Image, toute l'Histoire en était autrefois décrite dans les vieilles tapisseries qui servaient à l'Eglise avec certaines rimes du temps, au bas de chaque pièce d'où l'on a tiré entre autres ces quatre vers qui ont longtemps servi de frontispice à la principale porte de l'Eglise cathédrale:

"Comme la Vierge à Boulogne arriva
Dans un bateau que la mer apporta
En l'an de grâce ainsi que l'on comptât
Pour lors, au vray six cens et trente trois."

La gravure de la première page de ce livre représente une barque avec un ange à chacune des deux extrémités, regardant la Sainte Vierge, de grandeur naturelle, assise au milieu, face au public. Son bras gauche porte l'Enfant Jésus ayant Lui aussi une couronne sur la tête; sa main droite tient un "coeur": celui offert par Louis XI. Au bas est écrit:

"Voyez-vous ce vaisseau qui cingle en mer
Jamais celui d'Argos en scaurait approcher
Aussy le Sainct Espirt luy servait de nocher
Les anges de ramer et la Vierge d'estoiler."

Un Historien ancien ajoute à propos de la fondation de Notre-Dame de Boulogne:
"Une belle église fut construite par Sainte Ide, Comtesse de Boulogne, pour remplacer l'ancienne. Son fils, Godefroy de Bouillon, proclamé Roi de Jérusalem, refusa de porter une couronne d'or, là où Notre-Seigneur avait été couronné d'épines, et envoya au Sanctuaire de Boulogne celle qui lui avait été offerte."
De nombreux pèlerinages se succédaient à Boulogne, venant de tous pays. De nombreux Souverains, des saints y vinrent prier aux pieds de la Vierge miraculeuse. Charles VII, avant son Sacre, fit don à N.-D. de Boulogne d'une grande statue de vermeil avec une couronne de pierres précieuses. Louis XI lui fit don du Combé de Boulogne. (Voir p. 118).

(4) Dom Bouquet, id. Index, XI, 70 - XI, 360 C - XI, 52 B, 168 E, 209 D. 238 D - XIII 253 D.
(5) J. L. "Vierges Gasconnes. Les sanctuaires en renom du Diocèse d'Auch" - 1909. On en compte actuellement plus de vingt.
(6) Hamon, op. cit., II 6.
(7) Dom Bouquet, op. cit., X 570.
(8) Hamon, op. cit., II, 35 à 40.
(9) M. Vloberg: Vers les Notre-Dame (Messager de la Très Sainte Vierge, numéro mai-juin 1936, p. 114).
(10) Sur l'Histoire et les origines du pèlerinage de N.-D de Chartres, voir:
Mgr Harscouët, Evêque de Chartres: "Chartres", Collection les Pèlerinages.
Abbé Hénault: "Origines Chrétiennes de la Gaule Celtique".
La dévotion des Princes de France à N.-D. de Chartres était intense, témoin celle de Louis de Bourbon, Comte de Vendôme, qui délivré de la captivité dont il était l'objet de la part de son frère Jacques, y vint accompagné de cent chevaliers, tous ayant un cierge à la main, pieds nus et déclara devant l'image de N.-D. qu'il voulait être l'homme de Marie et de la cathédrale de Chartres et il fit construire dans la cathédrale la chapelle dite aujourd'hui des martyrs parce qu'on y a déposé les reliques soustraites aux profanations de 1793. (Hamon, I, 223 et 224).
(11) de la Franquerie: La Mission divine de la France - le chapitre sur le Sacre des Rois de France, p. 50 à 66 et celui sur les miracles des Rois de France, la guérison des écrouelles, de p. 67 à 73.
(12) Dom Bouquet: op. cit. et notamment VIII, 189 C et 213 A et B.
(13) Hamon, id. II, 233 et 252. - Pour les pèlerinages de Chartres, du Puy, de Rocamadour, Liesse, etc...., consulter Hamon, op. cit. et la collection des Grands Pèlerinages, chez Letouzey à Paris, etc....
(14) "Documents nouveaux sur Rocamadour", par Ludovic de Valon, 1928.
"Du nouveau dans la Chanson de Roland", par P. Boissonnade.
"España Sagrada" par Florez, Risco et l'Académie d'Histoire de Madrid, vol. 50, page 358, etc....
Les ouvrages du Chanoine Albe sur Rocamadour.
(15) Voir: de la Franquerie: Mémoire pour servir au renouvellement de la consécration de la France à Saint Michel - Préface de Mgr de la Villerabel, Evêque d'Annecy.
(16) Chronique du Mont-Saint-Michel, écrite au XIe siècle - Archives d'Avranches.
(17) Voir Hamon: op. cit., V, 213, sur les diverses corporations intellectuelles et ouvrières consacrées à Marie dans le Diocèse de Bayeux.
Cette tradition demeura jusqu'à la Révolution, on en trouve un exemple frappant dans la charte de la Corporation des "Compagnons menuisiers de la Ville et Faubourg de Dijon", datée du 25 août 1667, dont les deux premiers mots sont "Jésus-Maria". Ils voulaient ainsi placer sous la protection et sous l'inspiration de Jésus et de Marie leur famille, leur profession, leurs conventions, leur travail, etc... émouvante confiance, génératrice de la plus belle valeur morale et professionnelle et des plus beaux chefs-d'oeuvre car à l'âme noble la grandeur de l'inspiration est naturelle. (Voir Henri Crépin "La liberté de travail dans l'Ancienne France", p. 121, 1937, à Vezelay (Yonne).
(18) Hamon, id. I, 196.
(19) Mabillon: Annales de Saint Benoît, tome VI.
(20) Nul peuple n'a sculpté plus beau poème de pierre à la gloire de Marie, non seulement dans l'art architectural, mais aussi dans celui de la statuaire, car chacune de nos basiliques, chacune de nos cathédrales et combien de nos modestes églises ou chapelles de villages sont peuplées de multiples statues - aussi belles dans leur inspiration que dans leur exécution - qui enseignent au peuple de chez nous les scènes principales de la Vie de la Vierge: sa naissance, sa présentation au Temple, son mariage, et la touchante nativité de Bethléem, et les douleurs de Marie au pied de la Croix, et sa mort, et son Assomption et son couronnement au Ciel, où Elle trône en majesté.
Si la peinture française est moins développée qu'en Italie et en Allemagne - encore que sur ce point notre Pays ait depuis le XVe siècle pris une place de tout premier plan - c'est qu'en France nos artistes se consacraient à des chefs-d'oeuvre inégalés: les admirables verrières de nos cathédrales et les magnifiques vitraux de tant de nos églises; les innombrables livres d'heures et manuscrits du Moyen Age et de la Renaissance où nos miniaturistes ont enluminé tant d'admirables scènes à la gloire de Marie. Dans ce domaine, la France ne le cède à aucun pays.
(21) Abbé Duhaut: Marie Protectrice de la France, p. 81.
(22) Jeanne Durand: Les Vierges noires. (Almanach Catholique français, 1923, p. 269).

La Vierge Marie dans l'Histoire de France - 12 - Chapitre VII - (2)

La France avait été la grande inspiratrice des Croisades. Marie lui en témoigna sa gratitude par le pèlerinage de N.-D. de Liesse. En 1134, trois frères, Seigneurs dans le Laonois, se croisèrent. Faits prisonniers par le Sultan d'Egypte, celui-ci, voulant à tout prix les faire apostasier, alla jusqu'à leur envoyer sa fille, remarquablement belle, pour les séduire. "En discutant avec les prisonniers sur l'Evangile, Isménie qui croyait vaincre fut vaincue". Elle demanda aux chevaliers de lui sculpter l'image de Marie. Les chevaliers firent appel à la Sainte Vierge afin qu'Elle dirigea leurs mains. Pendant la nuit, la Vierge envoya des anges porter "son image rayonnante de piété". Le lendemain, quand Isménie revint, le cachot était éblouissant de lumière et un parfum délicieux s'échappait de la statue; la princesse crut aussitôt, emporta la statue dans ses appartements et, rayonnante de joie, ne cessa de la regarder pendant que les chevaliers non moins rayonnants de bonheur s'écriaient "Notre-Dame de Liesse". La nuit suivante Isménie entendit la statue lui dire: "Aie confiance, Isménie! J'ai prié mon Fils pour toi. Tu seras sa fidèle servante. Tu délivreras les trois chevaliers que j'aime. Tu seras baptisée et par toi la France sera enrichie d'innombrable grâces; par toi mon nom deviendra célèbre et plus tard je te recevrai pour toujours dans mon paradis". Isménie fit s'évader les prisonniers et s'enfuit avec eux. Pris tous les quatre d'un sommeil profond, ils s'endormirent et pendant leur sommeil les anges les transportèrent en France. Quand ils se réveillèrent, les trois chevaliers étaient dans leur pays, à côté de leur château, à Marchais. Isménie fut baptisée et tous résolurent de construire une chapelle à l'endroit où ils s'étaient réveillés, en l'honneur de "Notre-Dame de Liesse". Depuis lors les miracles y furent innombrables. Louis VII y vint en pèlerin en 1146 et N.-D. de Liesse devint l'un des pèlerinages préférés des Rois de France.

mardi, janvier 30, 2007

La Vierge Marie dans l'Histoire de France - 12 - Chapitre VII - (1)

L'amour de Marie inspire et illumine tout le Moyen Age

Depuis des siècles, les Rois de France et les Princes de leur Maison manifestent avec une telle foi et un tel éclat leur culte pour la Reine du Ciel et Marie les protège si visiblement que tout naturellement l'influence royale, jointe aux traditions de notre race et aux prédications de l'Eglise, fait rayonner magnifiquement ce culte marial non seulement à la Cour, auprès des Seigneur, mais dans le peuple lui-même et jusque dans les cours étrangères et chez les peuples voisins.
Un aperçu général sur l'intensité de ce culte dans notre pays montrera que très réellement le Royaume de France est essentiellement le Royaume de Marie.
Les Grands Seigneurs aiment à prendre pour cri de guerre le nom de Notre-Dame; tels les ducs de Bourbon: Bourbon Notre-Dame; les ducs de Bourgogne: Notre-Dame Bourgogne!; les Seigneurs de Sancerre: Notre-Dame Sancerre!
En Ile de France et en Champagne, cette "terre classique de la féodalité", la haute noblesse: les Garlande, les Melun, les Barres, les Montmirail favorisent de leur zèle tout ce qui touche au culte de Marie; les Comtes de Chatillon-sur-Marne construisent l'Eglise N.-D. à Villeneuve-le-Comte et l'abbaye de N.-D. du Pont aux Dames; les Comtes de Champagne surtout, avec les princes de Déols en Berry, surpassent tous les autres Seigneurs par leur zèle pour élever des sanctuaires à la Reine du Ciel: à Provins notamment ils fondent une collégiale et une église paroissiale en son honneur, dotent amplement plusieurs monastères d'hommes qui sont sous son vocable, si bien que peu de villes en France sont aussi riches en monuments dédiés à Marie. (1).
Si les Comtes de Champagne rivalisent de zèle avec les Princes de Déols pour couvrir leurs terres de sanctuaires ou de monastères dédiés à la Reine du Ciel, il en est de même des Ducs de Lorraine et de leurs cadets, les Comtes de Vaudémont-Lorraine. (2).
En Flandre et en Picardie la Maison de Bouillon et celle de Valois donnent l'exemple, la première en fondant N.-D. de Boulogne, la seconde en accordant à N.-D. d'Amiens les droits et la juridiction que les vicomtes exerçaient sur ses terres (3).
En Normandie, Guillaume le Conquérant et ses descendants fondent Sainte-Marie-de-Bonne-Nouvelle, Sainte-Marie sur Dives, Sainte-Marie-de-Jumièges, l'abbaye de Sainte-Marie-du-Pré à Rouen, Notre-Dame de Honfleur, etc. ... les Paynel favorisent celle de Hambye et de Sainte-Marie de Tombelaine. (4).
Dans le Perche, Rotrou II fonde N.-D. de la Trappe; en Anjou, Foulques Néra, N.-D. de Marchais; en Guyenne, la Maison d'Aquitaine, N.-D.-de-Talence et N.-D.-de-Lorette, la Famille de Bordeaux, N.-D. de Verdelais; en Gascogne, les Comtes d'Armagnac se déclarent hommes-liges de la Vierge et font d'importantes donations à N.-D. d'Auch, pendant que la noblesse favorise les nombreux pèlerinages marials de cette contrée (5). Plus au nord les Comtes et Dauphins d'Auvergne, les Comtes de Forez, les Ducs de Bourbon tiennet à gloire de se considérer comme les vassaux de N.-D. de Clermont; etc. ... Enfin, en Berry, parmi la haute noblesse les Seigneurs de Sully - branche aînée des Comtes de Champagne, - les de Lignières, de Graçay, de Mehun, de Culant, de Naillac, de la Trémouille, de Buzançais, de Palluau, de la Châtre, de la Prugne et de Pot se distinguent, mais surtout les princes de Déols, barons de Châteauroux, leur nom est symbolique puisque Déols veut dire Bourg-de-Dieu. Les princes de Déols, barons de Châteauroux, fondent non seulement les abbayes de N.-D. de Déols et de N.-D. d'Issoudun, mais une multitude d'autres, tellement qu'un vieil auteur a pu dire: "Il ne se trouve point de Maison en France qui ait tant fondé, construit, doté d'églises, d'abbayes, et de monastères que celle de Châteauroux (6).
En 917, Ebbon, prince de Déols et digne neveu de l'Archevêque (de Bourges Saint Géronce), éleva dans ces lieux le culte de la Sainte Vierge au plus haut degré d'honneur par ses actes et ses exemples... Il fonda l'Abbaye de N.-D. de Déols, en statuant, porte l'acte de fondation "que ce monastère était établie en l'honneur de la Bienheureuse Marie toujours Vierge; que les moines y vivraient selon la règle de Saint Benoît et que Bernon en serait abbé". Le pieux Abbon fit plus encore: en même temps qu'il fondait l'abbaye dans la capitale de son fief, il donna par acte solennel à la bienheureuse Mère de Dieu toute la principauté déoloise: "Je donne, dit-il, à Marie et aux apôtres Saint Pierre et Saint Paul toutes les choses qui m'appartiennet dans le Berry". Et l'auteur de la translation des reliques de St Gildas nous fait connaître que sa principauté s'étendait des rives du Cher jusqu'à la rivière de l'Anglin, et de la Gartempe en Poitou: c'est-à-dire comprenait tout le Bas Berry qui fut ainsi consacré par ce prince à la Sainte Vierge.
N.-D. de Déols acquit une grande célébrité: on venait la prier de toutes parts, et elle répondait à ces prières par des miracles. Malheureusement, en 935 et en 941, les Normands envahirent la contrée firent du monastère une grande ruine et tuèrent Ebbon lui-même. Mais Raoul Ier, son fils, répara tant de désastres; et non content de relever l'édifice renversé, il céda aux religieux son château de Déols, avec ses dépendances. (7). Le monastère reprit donc son ancienne splendeur; et il continuait à embaumer tout le pays de l'amour de la Sainte Vierge, lorsqu'en 991, Raoul II, jaloux de continuer la bonne oeuvre de son père et de son aïeul, trouvant les bâtiments de l'abbaye peu dignes de sa haute réputation et de l'affluence des pèlerins, fit tout rebâtir par les fondements, et en fit vraiment, selon l'exergue de son blason, le premier et le plus beau monastère du Berry "primum et nobilissimum monasterium".
Trois choses grandissaient la réputation de Notre-Dame de Déols et en faisaient pour le Bas Berry ce qu'est N.-D. de Chartres pour la contrée qu'elle domine, les miracles qu'opéraient la Sainte Vierge, les vertus de ses religieux et leur science vraiment digne des enfants de Saint Benoît. Les miracles qui s'opéraient à N.-D. de Déols étaient si fréquents qu'un des religieux les plus éclairés et les plus saints du XIIe Siècle, Hervé de Déols, ayant entrepris d'écrire ceux qui arrivaient de son temps, en a composé un notable volume, que nous avons encore et qu'on peut lire au CLXXXIe tome de la Patrologie..." Aussi N.-D. de Déols ne tarda-t-elle pas à n'être plus connue que sous le vocable de N.-D. des Miracles de Déols.
"C'était aux cloîtres de Déols que de grandes églises, et surtout l'église primatiale de Bourges, allaient souvent demander des évêques... Aussi, les Souverains Pontifes honorèrent-ils à l'envi N.-D. de Déols. En 1106, Alexandre II, forcé de quitter l'Italie d'où le pouchassait l'Empereur Frédéric Barberousse, se réfugia à Déols et y séjourna depuis le mois de septembre de cette année jusqu'au 1er Août de l'année suivante.... Pendant ce temps, Déols eut la gloire d'être comme une autre Rome, le centre du gouvernement de l'Eglise." (8).
Ainsi le Roi et la noblesse faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour étendre le règne de Marie, et le peuple répondait à leurs espoirs en multipliant les pèlerinages en l'honneur de la Vierge qui récompensait la foi de tous par des miracles toujours plus nombreux.

Monsieur Maurice Vloberg a très justement écrit que si "le Saint Sépulcre attirait en Syrie, la confession de Saint Pierre à Rome; Saint Jacques en Galice, l'attraction spirituelle de la Vieille France fut toujours vers un temple riche ou humble, de Marie. "France la douce" sortie toute blanche du baptistère de Reims, est née à la Foi chez une Notre-Dame." (9). En France, c'est Marie qu'on vient prier de tous les points du monde chrétien si bien que nos routes se couvrent de pèlerins de tous pays qui viennent aux grands sanctuaires de Chartres, de Reims, du Puy, de Rocamadour et de Liesse, en attendant que vienne l'heure de Lourdes, de la Salette, de Pontmain etc.... sans oublier le Mont Saint Michel où Marie aimait également faire des miracles.
Chartres demeure incontestablement le premier de nos pèlerinages tant par l'ancienneté de son origine - relatée au chapitre premier - que par la très grande dévotion de nos Rois et par les fréquents pèlerinages que les Reines de France allaient y faire afin d'obtenir un héritier pour le trône et une heureuse délivrance (10).

Reims est la basilique royale par excellence puisqu'elle est la basilique du Sacre et que c'est là, aux pieds de Marie qu'a été baptisé le premier de nos Rois et que la France est devenue chrétienne. En venant se faire sacrer, le Roi de France - à l'exemple du Christ qui avait pu vaincre Lucifer par la vertu de son Sacre - venait acquérir par l'onction de l'huile apportée spécialement du Ciel par le Saint Esprit lui-même - les lumières et les forces nécessaires à l'accomplissement de sa mission providentielle dont le but en fin de compte - est de vaincre Satan dans l'ordre temporel. C'est là qu'à chaque Sacre la France vient recevoir, de Jésus par Marie, son Roi et que le Roi reçoit la plénitude des bénédictions et des grâces divines, là qu'il devient le Fils aîné de l'Eglise et que le pontife le revêt de l'épée qui doit lui permettre de protéger l'Eglise; là qu'il acquiert le pouvoir non seulement de gouverner légitimement, mais encore celui de guérir miraculeusement certaines maladies telles que les scrofules et les écrouelles. (11). Aussi "quel chef-d'oeuvre a germé de son sol sous l'influence des idées du sacre! Vous avez vu l'admirable Basilique de Sainte-Marie de Reims. C'est une épopée de pierre. Elle a pour elle la majesté, la grâce, l'harmonie et la force de résistance. La poussée vers le ciel de ses voûtes en fait un monument plus qu'humain...
Force est d'y reconnaître le Sanctuaire Royal, la Basilique de la Monarchie Chrétienne... L'acte de foi en la Royauté de Jésus-Christ sur la France s'y affirme mieux qu'ailleurs" et aussi celui de la Royauté de Marie sur son royaume de prédilection. Dans cette magnifique dentelle de pierre, la scène la plus émouvante et la plus symbolique n'est-elle pas celle du porche central: Marie s'élève vers les cieux; à sa rencontre anges, saints, rois de Jessé viennent lui rendre hommage. Son Divin Fils la couronne Reine du Ciel et de la terre, Reine de tout l'Univers et c'est la longue suite des rois de France - de nos Rois - qui forme sa Cour... A Reims Marie aimait, dans cette magnifique basilique, à multiplier les miracles: protection des régions voisines contre la grêle, guérisons de boiteux, paralytiques, etc.... Ces miracle sont mentionnées par Flodoard et par les bénédictins dans leur Recueil des Historiens des Gaules et de la France. (11).

Depuis des siècles Le Puy était un des grands pèlerinages à Marie. Charlemagne y était venu. Eudes et Robert, Louis VII et Philippe-August aussi; tous avaient laissé des témoignages de leur royale munificence. A chaque règne de nouveaux privilèges étaient octroyés par le Roi, par égard et dévotion pour Notre-Dame, si bien qu'ayant bientôt accocrdé tout ce qui était en leur pouvoir et voulant manifester sans cesse leur confiance en Marie, nos Rois firent alors de riches donations: en 1134 Louis le Gros octroie toute l'enceinte et les remparts de la ville; Louis VII en 1146, pour supprimer tous les obstacles que pouvaient rencontrer les pèlerins sur leur route, défend de construire aucun fort depuis Aleth jusqu'à Montbrison, depuis l'Allier jsuqu'au Rhône, depuis Saint-Alban jsqu'au Puy et accorde à l'évêque la pleine autorité sur toute la ville. En 1211 et 1215, Philippe-Auguste donne le château Arson et d'autres domaines. Aussi conçoit-on qu'avant de partir à la Croisade Louis VII et Philippe-Auguste viennet mettre leur personne et leur royaume sous la tutelle de Marie au Puy (13). Les Souverains Pontifes, pour augmenter encore la renommée du pèlerinage et le nombre immense des pèlerins octroient de précieuses indulgences à la célébration du Grand Pardon de N.-D. du Puy. Ajoutons que l'un des grands évêques du Puy, Adhémar de Monteil fut l'âme de la première croisade et serait l'auteur de l'admirable "Salve Regina".

Rocamadour, dont l'origine remonte au temps où Marie vivait encore, fut le grand centre de ralliement pour ceux qui allaient à Saint Jacques de Compostelle. Les peuples de France, d'Italie, de Germanie, de Flandre et d'Angleterre s'arrêtaient toujours à Rocamadour pour se mettre sous la protection de la Reine du Ciel et Lui demander de leur venir en aide pendant leur voyage et de leur accorder le bénéfice de toutes les grâces spirituelles qu'ils étaient à même de gagner. C'est grâce au pèlerinage de Rocamadour qu'à l'exemple de la Trève de Dieu, fut instituée la trève de Marie: tous les pèlerins s'y rendant, pouvaient traverser les armées ennemies sans crainte et sans danger - tant le culte de Marie était répandu au Moyen Age et pendant la Guerre de Cent ans. Ce privilège fut peu à peu étendu à tous les pèlerinages de la Vierge.
Grâce aux Vicomtes de Turenne et à la Noblesse du Quercy qui se croisèrent en Espagne contre les Maures, Notre-Dame de Rocamadour étendit son rayonnement de l'autre côté des Pyrénées avec d'autant plus d'éclat que les Rois d'Aragon lui durent leur victoire contre l'Islam. On comprend dès lors les liens qui unissaient les pèlerinages de Rocamadour et de Saint-Jacques de Compostelle et les fondations de reconnaissances faites en Espagne par les Rois d'Aragon en l'honneur et au profit de la Vierge du Quercy. (13).

dimanche, janvier 14, 2007

La Vierge Marie dans l'Histoire de France - 11 - Chapitre VI (2)

Louis VII ne le cède point à ses ancêtres quant à la dévotion à Marie: il vient en pèlerinage à Longpont en 1140; accorde à l'évêque de Senlis des Lettres patentes lui permettant de faire appel aux fidèles du royaume pour la reconstruction de l'Eglise N.-D. incendiée, ce qui permit d'y rétablir le culte en 1170; il y ajoute une lampe et la rente nécessaire pour qu'elle brûle perpétuellement devant l'autel de Marie. La même année avec la Reine, Adèle de Champagne, il fonde l'abbaye de N.-D. de Montétis près de Brie Comte Robert. Dans le château de Fontainebleau se trouve la chapelle érigée par lui et consacrée par Saint-Thomas de Cantorbery. (1). Enfin, son amour pour Notre-Dame devient bien plus tendre encore quand il obtient - dans un âge avancé - un fils, si longtemps espéré et que Marie le sauve quelques années plus tard d'une maladie qui avait failli l'emporter. Il construit en reconnaissance l'abbaye de N.-D. de Barbeaux où il voulut être enterré. (2). Avant de partir pour la Croisade, il avait placé sa personne et son Royaume sous la protection de Marie et avait dans ce but fait le pèlerinage de Liesse et celui du Puy.
Philippe-Auguste, qui devait sa naissance à Marie, aime à fréquenter ses pèlerinages: Chartres, Le Puy, N.-D. de Boulogne, N.-D. la Fleury, etc. ... Il comble de ses dons l'abbaye de N.-D. de Preuilly près de Provins, reconstruit N.-D. de Nanteuil en reconnaissance de la prise de Montrichard, et, parce que Marie lui avait accordé une pluie abondante pour désaltérer son armée qui se mourait de soif alors qu'il combattait les Anglais. (3). Enfin, Philippe-Auguste pose la première pierre de l'actuelle cathédrale Notre-Dame de Paris, à la construction de laquelle il consacre des sommes très importantes et c'est en partie grâce à sa munificence royale que la cathédrale de Chartres, après l'incendie de 1194, put être reconstruite.
Sans héritier pour la Couronne, il met sa confiance en Marie à qui il doit la vie et la Reine Isabelle vient en pèlerinage à Chartres, ils obtiennent en 1187 la naissance de celui qui sera le Père de Saint-Louis.
Cette grande grâce accordée, Marie va multiplier les preuves éclatantes de sa prédilection pour le Roi de France, dans trois circonstances mémorables qui assurent la victoire et le salut du Royaume:
Alors que Philippe-Auguste et le Roi d'Angleterre sont aux prises pour la possession du duché d'Aquitaine, le 24 Juin 1187, N.-D. des Miracles de Déols intervient. Depuis plusieurs jours le roi de France ayant vainement cherché à engager des négociations de paix, prend "le parti de livrer bataille pour terminer enfin une si longue guerre par une action décisive. Les habitants de Déols, effrayés de la lutte acharnée qui était au moment de s'engager, vont se prosterner davant l'image de Marie et la supplient d'empêcher l'effusion du sang. Pendant qu'ils priaient les deux armées étaient en présence et en bel ordre de bataille; le signal du combat allait sonner; lorsque tout à coup le roi d'Angleterre, converti à des dispositions pacifiques, s'avance avec son fils, demande à parler à Philippe-Auguste. Celui-ci se présente; le roi lui déclare qu'il accepte les conditions proposées dans les négociations précédentes, et la paix est signée. Une nouvelle si inattendue produit un saisissement général, rois et seigneurs, peuple et soldats, tous reconnaissent un miracle dans ce changement subit de dispositions au moment même où les colères étaient plus exaltées et le combat près de se livrer. Un même sentiment d'admiration les rassemble autour de l'image de Marie pour la bénir, il n'y a plus d'ennemis, Français et Anglais tous ne font qu'une famille de frères devant le Mère commune qui les a protégés et sauvé de la mort." (4)
"En l'année MCXCVIII Philippe-Auguste, ayant résolu de secourir Gisors que menaçais Richard Coeur de Lion, et fidèle au serment qu'il avait fait de ne pas fuir devant son vassal, venait de s'ouvrir un passage à traves l'armée ennemie, lorsque le pont qui donnait entrée dans la ville se rompit sous lui. Précipité dans l'Epte, il invoqua la Vierge Mère de Dieu, dont une statue ornait le pont, et, échappé au péril, il fut reçu dans la ville. En témoignage de sa reconnaissance, Philippe fit dorer le pont et la statue de Marie à la protection de laquelle il avait eu recours au moment du danger." (5).
En 1214, la situation est tragique pour la France, elle est encerclée, en Poitou par les Anglais menaçants, au nord par l'Empereur Othon qui l'envahit avec deux cent mille hommes pour ravir sa couronne à Philippe-Auguste. Ne négligeant pas les facteurs d'ordre spirituel et sachant que son ennemi - excommunié depuis peu - compte écraser la France pour pouvoir se retourner ensuite contre le Pape et l'Eglise, le Roi met toute sa confiance en Dieu et fait appel à toutes les paroisses de France. 60.000 hommes répondent. Il va à Saint Denis, communie, prend la "Sainte Oriflamme" et marche à l'ennemi. Le matin de Bouvines, sentant toute la gravité de l'heure, "notre Philippe-Auguste, après s'être voué à la Sainte Vierge..." (6), fait déployer l'Oriflamme et met en pleine déroute un ennemi plus de trois fois supérieur en nombre. L'Eglise et la France sont sauvées. Le roi envoie immédiatement un messager à son Fils, Louis au coeur de Lion, qui commande l'armée contre les Anglais en Poitou. De son côté, l'héritier du Trône, victorieux, envoie un messager à son Père: les deux envoyés se rencontrent aux portes de Senlis. A l'endroit même de cette mémorable rencontre, le roi fonde l'abbay de la Victoire consacrée à Marie et fait faire une statue de N.-D. de la Victoire de Bouvines. (7). Lors de sa rentrée triomphale à Paris, Philippe-Auguste vient à Notre-Dame se prosterner devant la Mère de Dieu pour lui faire hommage du succès de ses armes et lui témoigner sa reconnaissance.
Après tant de bienfaits, le Roi veut que son coeur soit déposé dans un sanctuaire de Marie. Il choisit N.-D. de Mantes dont l'un de ses oncles paternels avait été l'Abbé.
C'est sous ce règne, particulièrement glorieux pour l'Eglise et pour la France, que Marie inspire - en France - la fondation de deux grands ordres religieux. En 1197, dans le sanctuaire de N.-D. de Limon, Jean de Matha se sent appelé à fonder les Trinitaires destinés à racheter les chrétiens réduits en esclavage par les Maures qui ravagent les côtes de la Méditerranée. Pour réaliser cette oeuvre grandiose, il fait appel à un Prince de la Maison de France, Félix de Valois; tous deux furent canonisés.
Un peu plus tard, en 1206, étant à N.-D. de Prouille, Saint Dominique voit par trois fois un globe de feu descendre du ciel et comprend que Marie veut qu'il établisse là le berceaux de son ordre. Quelques années après, alors que Simon de Montfort luttait par les armes contre l'hérésie des Albigeois, sans parvenir à vaincre leur chef, le Compte de Toulouse, pendant la bataille décisive qui se livrait, Marie apparut dans la chapelle N.-D. de Saint-Jacques de Muret à Saint Dominique "qui était en prière avec les sept évêques et les deux abbés composant le conseil du légat, et lui remit un rosaire... le premier de ces fruits fut la fin de la guerre des Albigeois, leur défaite commença à l'instant même et ils durent aussitôt désespérer de leur cause. Saint Dominique frappé du merveilleux effet de cette prière, établit la confrérie du Rosaire dans une des chapelles de l'Eglise de Muret". (8)
Marie n'avait pas voulu que cette couronne d'Ave qu'est le Rosaire surgit ailleurs que sur notre terre de France parce que "nulle main plus filiale que celle de la France ne pouvait la poser sur le front de Sa Reine." (9). Blanche de Castille s'y associa avec empressement et dut à cette nouvelle dévotion la naissance de son fils, Saint Louis.
Une fois de plus Marie avait triomphé de l'hérésie et la France avait été son auxiliaire.
Louis VIII continue tous les bienfaits de son Père aux églises et monastères dédiés à Marie, notamment à N.-D. de Plaisance près de Montmorillon et met sous les auspices de N.-D. de Rocamadour la paix des grands pour obtenir leur concours dans la croisade contre les Albigeois au cours de laquelle il contracte une maladie qui l'emporte après un Règne de trois ans. Par testament, il ordonne, que tous ses joyaux, bijoux et objets personnels soient vendus pour fonder un monastère en l'honneur de la Reine du Ciel. Ce voeu fut pieusement exécuté par Blanche de Castille et par son fils Saint Louis qui élevèrent l'Abbaye Royale de N.-D. de Royaumont, une des merveilles du genre. (10).

(1) Hamon I, 318.
(2) Hamon, id. I, 317.
Le Roi envoya éalement un ex-voto de reconnaissance à N.-D. du Bon Conseil, sur la colline de Fourvières.
(3) Hamon, id. I, 150
(4) Labbe: Bibliotheca nova - Chronique de Déols. - Hamon op. cit. II, 43 et 44.
(5) Inscription du socle de la Vierge dorée du pont de Gisors.
En outre un vitrail de l'église de Gisors représent Philippe-Auguste sur le point de se noyer dans l'Epte, poursuivi par les Anglais et sauvé miraculeursement après avoir imploré la Sainte Vierge, dont la statue se trouvait au dessus du pont rompu.
(6) Sébastien Rouillard: Parthénie, chap. VI - 1609.
(7) Lettres Patentes Royales du 12 mars 1222. Voir dans le chapitre XVIII le passage relatif à la dévotion du maréchal Foch pendant la guerre, à N.-D. de Bouvines, à Senlis.
(8) Hamon op. cit. III, 276.
(9) R. P. Lépicier: "Marie Reine de France" dans le messager de la T. Ste Vierge, Nov. Déc. 1936 - N.-D. de Beauregard, par Orgon (B.-du-R.).
(10) Duclos: Histoire de Royaumont, sa fondation par St-Louis. Paris. Douniol 1867, Tome I, p. 30, et charte de fondation en 1228 de P. 37 à 42.

lundi, janvier 08, 2007

La Vierge Marie dans l'Histoire de France - 11 - Chapitre VI (1)

Marie et les premiers Capétiens

Marie connaissait le culte profond que Lui rendait, depuis des générations, la troisième branche de la Race Royale. Déjà, au temps des Mérovingiens, Hildebrand, frère de Charles Martel et chef de la lignée des Capétiens, avait mis sa confiance dans la Vierge, lors d'une bataille contre les Barbares, et sa foi ayant été récompensée par la victoire, avait tenu à laisser un témoignage de sa reconnaissance par la fondation de N.-D. d'Aubune non loin d'Avignon.
Un siècle et demi après, en 888, c'est Eudes qui, venant à Reims au-devant des envoyés du Roi Arnoul, fils de Carloman, recevoir la couronne qu'ils lui apportent de la part de leur maître, ne veut la mettre sur sa tête que dans l'Eglise de N.-D. de Reims où le peuple l'acclamera Roi, pour bien manifester qu'il ne tient son pouvoir que de Marie (1). Un peu plus tard c'est un autre Roi de cette branche, Raoul, qui accorde de précieuses immunités à l'Eglise de N.-D. du Puy (2).
Enfin, Marie associe Hugues le Grand, père de Hugues Capet, à la guérison miraculeuse du Mal des Ardents qui ravage l'Ile de France. En effet, seuls, furent sauvés les malades qui vinrent se réfugier dans l'insigne basilique Notre-Dame de Paris, et y restèrent un temps suffisant à l'abri de la contagion. Marie rendait la santé, et le prince franc voulut prendre à sa charge non seulement la nourriture de tous ces malheureux, mais encore pourvoir à tous leurs autres besoins pendant tout le temps que dura la terrible épidémie. (3).
C'est ainsi que Marie préparait la troisième branche Royale à règner en l'associant à son oeuvre de pitié et de miséricorde. Aussi en 987, quand les Carolingiens s'étant montrés inférieurs à leur tâche, le choix divin se parta sur Hugues Capet, la Reine du ciel tint-elle à ce que cette élection eut lieu chez Elle, dans un cloître qui lui était consacré: à Mont Notre-Dame. - Quel admirable symbolisme dans ce nom! - Marie venait de présider au choix divin. Pouvait-elle mieux faire pour son Peuple de prédilection et pour la Race royale Elle-même que de placer sur le trône la branche dont Saint-Louis devait sortir pour illuminer le Monde de ses vertus et incarner le modèle admirable du Roi très chrétien.
Dès lors, les Capétiens aimèrent à appeler Marie: l'Etoile de leur Royaume!
"L'Eglise Notre-Dame (de Paris) était l'objet et la prédilection de ces Princes, et la première dans leur estime entre toutes les églises du Royaume. Son cloître était l'école première où ils aimaient à placer les Enfants de France, comme sous l'oeil et dans le sein de Marie, qu'ils estimaient une mère meilleure que toutes les mères selon la nature. Là, les Héritiers du Trône, étaient formés aux vertus chrétiennes, initiés aux lettres humaines et aux connaissances qui convenaient à leur position, et les charmes de cette première éducation leur demeuraient dans l'âme toute la vie come un doux souvenir. (4). C'est ce que nous apprend Louis VII dans une Ordonnance de l'année 1155 par laquelle il accorde l'exemption de redevances à l'Eglise N.-D. de Paris "dans le sein de laquelle comme dans une sorte de giron maternel, Nous avons passé les moments de notre enfance et de notre première jeunesse, pour cette église spécialement chère à nos prédécesseurs..." (5)"
C'est dans les spacieuses enceintes de cette grande basilique qu'ont eu lieu dans tous les siècles les baptêmes, les mariages et les funérailles des souverains. C'est là qu'au retour de leurs exploits guerriers nos Rois sont toujours venus remercier Dieu et Marie du succès de leurs armes, et se sont plus en cent autres circonstance à Lui offrir un des plus grands hommages qui puissent Lui être faits sur cette terre: l'hommage DU PLUS BEAU ROYAUME APRÈS CELUI DU CIEL." (6).
A la mort de Hugues Capet, certains seigneurs voulant refuser la Couronne à son fils, Robert, il fut décidé qu'un combat en champs clos trancherait le débat. Marie intervint encore pour assurer l'application du CHOIX DIVIN et de la Loi Salique. Au Compte d'Anjou, qui devait combattre pour la défense des droits du Roi légitime, la Reine confia une relique précieuse entre toutes que conservaient pieusement les Rois de France depuis qu'elle était entrée en leur possession: la ceinture de la Vierge, donnée par l'Impérarice de Constantinople, Irène, à l'Empereur Charlemagne; le champion du sang Royal s'en ceignit, comme d'une cuirasse protectrice; sa confiance ne fut pas trompée: la ceinture de Marie lui assura la victoire en même temps que le maintien des Capétiens sur le trône où Marie les avait placés. (7).
Robert le Pieux n'eut plus de compétiteurs et put ainsi monter sur le Trône. Pendant les trente-cinq ans de son règne il fit tout ce qui était en son pouvoir pour manifester sa reconnaissance à Marie: pose de la première pierre de N.-D. de Longpont, fondation de la collégiale de N.-D. de Melun; reconstruction de N.-D. de Bonne Nouvelle d'Orléans; construction par la Reine Berthe de N.-D. de Fresnay et de N.-D. de Ségrie; reconstruction par la reine Ermengarde, seconde femme du Roi, de N.-D. de Talloires, etc.... (8) Enfin, voulant par une manifestation éclatante de son amour pour la Reine du Ciel contribuer à Lui rendre hommage, le 8 septembre 1022, sous le nom d'Ordre de Notre-Dame de l'Etoile, il relève l'ordre fondé par Charles Martel après la bataille de Poitiers, imposant à tous les Chevaliers qui en seraient membres la récitation quotidienne de cinquante Ave Maria. Cet ordre devint le prototype de tous les ordres qui furent fondés dans la suite. (9).
Tant de piété ne devait pas rester sans témoignage de bienveillance de la part de Marie. Alors que les Rois de France guérissaient miraculeusement les écrouelles après leur sacre (10), Robert le Pieux eut le privilège exceptionnel de guérir miraculeusement d'autres maladies: pendant le carême qui précéda sa mort (1031), le Roi visita les malades, et notamment les lépreux, il leur baisa la main, les toucha et les guérit en faisant le signe de la croix. C'est ce qu'affirme le moine Helgand, son historien (11).
Le Roi aimait à composer des hymnes; certaines ont eu l'honneur d'être adoptées par l'Eglise, entre autres "l'Ave Maris Stella".
Son fils, Henri I, fait acte de royale bienfaisance en faveur de N.-D. d'Etampes en 1046 et deux ans plus tard en faveur de N.-D. de Chartres dont la nouvelle basilique vient d'être consacrée. Il s'en déclare l'avoué et le protecteur. (12).
Philippe I, le jour de son sacre, 22 Mai 1059, fête de la Pentecôte, signe une ordonnance en faveur de l'Eglise N.-D. de Reims et des églises et abbayes de ce comté et voulut être enterré dans un monastère dédié à Marie: N.-D. la Fleury à Saint-Benoît sur Loire (13). C'est sous son règne que le Pape français Urbain II vint en France pour prêcher la Croisade. De N.-D. du Puy, le 15 Août, il convoqua le Concile de Clermont. C'est là, sous l'oeil de Notre-Dame du Port, qu'il enflamme les coeurs français et les entraîne à la délivrance du Saint Sépulcre (14). Le Roi favorise la croisade dont son frère, Hugues de Vermandois, devient l'un des chefs. Marie ne pouvait pas être étrangère à ce grand mouvement de foi et d'enthousiasme qui, parti de France, entraîna le reste du monde chrétien.
Louis VI le Gros voulant châtier l'insolence de Thibaud IV, Comte de Chartres, par respect et dévotion pour N.-D. ne veut pas entrer dans la ville en guerrier, mais en pèlerin; en souvenir de son beau-frère, Charles le Bon, Compte de Flandre, assassiné à Bruges, il fonde l'abbaye de N.-D. de Chaalis qui grâce à ses libéralités et à celles de ses successeurs, devient l'une des plus importantes du Royaume; il donne à l'abbaye de Saint-Benoît sur Loire la chapelle de N.-D. de Lépinay en 1130 et la même année de concert avec la reine, Adélaïde de Savoie, achète le monastère et l'église Sainte Marie de Montmartre, y installe les bénédictins et veut que cette chapelle soit consacrée à Marie. (15).
C'est l'époque des grandes fondations monastiques: Cluny fondé par Guillaume le Pieux duc d'Aquitaine en 910, est en pleine gloire. Saint Bruno donne naissance à la Chartreuse; Robert d'Arbrisselles à Fontevrault; Norbert aux Prémontrés; Saint Etienne à Grandmont; Saint Robert et Saint Jean Gualbert à plusieurs autres congrégations; enfin va surgir une nouvelle branche bénédictine qui va restaurer le véritable esprit de la règle primitive qui s'était relachée à Cluny. Citeaux avec Robert de Molesmes en 1098.
Au bout de quelques années, la nouvelle fondation, ravagée par une épidémie allait disparaître - tant le nombre des victimes avait été grand - lorsque parut celui que la Providence destinait non seulement à donner à Citeaux une incomparable gloire et une prospérité sans égale, mais encore à illuminer le monde de ses lumières et de ses vertus: Saint Bernard, qui se présenta au monastère avec les trente compagnons qu'il avait convertis et amenés à la vie religieuse. Trois ans après, il était nommé abbé d'une nouvelle fondation: Clairvaux et le développement qu'il allait donner à son Ordre fut tel que, de son vivant même, son abbaye, à elle seule, compta 68 filiales réparties en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie et en Espagne et que très rapidement l'Ordre devait peupler le monde de ses couvents.
L'influence du saint Abbé s'étendit sur les autres branches bénédictines: il obtint la réforme de Saint Denis avec Suger et de Cluny avec Pierre le Vénérable. Il rappelle le clergé à sa mission dans son sermon "De conversione ad clericos"; les évêques sont morigénés dans son traité "De moribus et officio episcoporum". Il intervient auprès de Louis VI le Gros et de Louis VII le Jeune, Rois de France. Il termine le schisme des antipapes Anaclet II et Victor IV en faisant rentrer ce dernier sous la juridiction d'Innocent II. Son disciple, Bernard de Pise, montant sur le Trône Pontifical, sous le nom d'Eugène III, lui donne l'occasion d'écrire son admirable traité "De consideratione" sur les devoirs de la Papauté, ouvrage qui deviendra le livre de chevet des Papes. Son action s'excerça jusqu'en orient: Hugues de Payus, fondateur des Templiers, ayant demandé son appui à Saint Bernard, celui-ci lui adresse le "De laude novae militiae"; puis, à la mort de Foulques, roi de Jérusalem, en 1143, il donne d'éminants conseils à la Reine Mélisende pendant la minorité du jeune Baudouin II. Enfin, après la prise d'Edesse qui menaçait le Royaume Chrétien de Jérusalem, convoqué à Vezelay, il y lut la Bulle Pontificale prescrivant la Croisade, et, par son discours enflammé et sa prédication, non seulement en France mais en Allemagne, il entraîna à la Croisade Louis VII, Roi de France et Conrad III, Empereur d'Allemagne. Il obtint même des concours jusqu'en Pologne et en Danemark. Contre l'hérésie, son action ne fut pas moins efficace, notamment contre Pierre Abélard, Arnold de Brescia, les Henriciens d'Albi et les néo-manichéens de Cologne et Chalons. "Il avait ce tact prompt et sûr, ce sens mystérieux de la piété et de la vérité qui découvre au premier abord les plus légères déviations de l'enseignement catholique" écrit le P. Ratisbonne.
Mais, par dessus tout, Saint Bernard fut le grand chantre et le grand théologien tout à la fois de l'amour de Dieu et des prérogatives de la Vierge. Il démontra que, parce qu'Elle est Mère de Dieu, Marie a reçu "la plénitude de tout bien"; que cette plénitude fait notre richesse, car "pleine de grâce pour Elle-même, Elle est pour nous surpleine et surabondante", la médiatrice et la dispensatrice de toute grâce: "la volonté de Dieu est que nous ayons tout par Marie... Le Fils exaucera sa Mère, et le Père exaucera son Fils; mes petits enfants, voilà l'échelle des pécheurs; c'est là ma suprême confiance, c'est la raison de toute mon espérance" et, dans un transport d'amour confiant, il composa son touchant et sublîme "Memorare".
Saint Bernard mérita le titre de "Docteur aux lèvres de miel". Il lui était réservé de clore la glorieuse liste des Pères de l'église et d'être "aussi grand que les plus grands d'entre eux". Pie VIII, en 1830, lui conféra le titre officiel de Docteur de l'Eglise." (16).

mardi, janvier 02, 2007

La Vierge Marie dans l'Histoire de France - 10 - Chapitre V

La Vierge Marie et les Carolingiens

Marie a toujours été victorieuse des hérésies et l'on peut dire - sans crainte d'erreur - que jamais une hérésie quelconque n'a été vaincue sans son intervention:
Une première fois déjà la vierge avait suscité la France et son Roi, Clovis, pour briser l'hérésie arienne à Vouillé et sauver l'Eglise.
Deux siècles et demi plus tard, les hordes de l'Islam s'avancent de toutes parts comme un torrent dévastateur et semblent devoir submerger l'Europe. Elles campent déjà dans les plaines de Poitiers, où, sûres de leur victoire, elles se livrent dans leur camp aux orgies les plus immondes.
Elles comptent sans Marie: Pour sauver la civilisation chrétienne menacée de fond en comble, la Reine du Ciel fait de nouveau appel à la Race Royale des Francs; elle suscite Charles Martel qui continue les "Gestes de Dieu".
Les soldats chrétiens, à l'exemple de leur chef, loin d'imiter les sectateurs de Mahomet dans leurs débauches, se préparent noblement au combat. Bouniol trace de leur camp la description suivante:
"Là, point de chants folâtres, point de musique voluptueuse, point de banquets ni de fêtes; mais le silence austère et un calme qui avait quelque chose de formidable. Les soldats échangeaient des paroles rares, en hommes préoccupés de graves pensées; on en voyait d'autres, en plus grand nombre, se presser autour des tentes surmontées de la croix, indiquant que là se trouvaient les prêtres. En maints endroits aussi, les guerriers s'empressaient pour élever et décorer des autels.
"Bien avant que le soleil lançat ses premiers rayons, à ces autels, les évêques et les prêtres disaient la messe et les soldats en foule s'agenouillaient pour recevoir le Pain des forts, la Sainte Eucharistie.
"Charles Martel et ses leudes donnaient l'exemple: on les vit tour à tour communier avec ferveur. Le fils de Pépin, devant l'immensité du péril, grandissait avec sa mission... Aussi, quand après la communion il fut certain qu'il n'était plus seul, qu'il portait le Dieu vivant dans son coeur, il se leva sentant en lui-même une force nouvelle, inouïe, surhumaine; et sa sublime confiance, son indomptable énergie se trahit dans l'éclaire de son regard.
"À la vue de cette flamme qui sortait de ses yeux et de son visage rayonnant d'une sainte audace, il y eut comme un frémissement parmi les leudes, et tous, par un élan involontaire, battant des mains l'acclamèrent par ce cri:
"Vive le bon Charles! Honneur et victoire au chef des Francs!
"Vive le Seigneur! Vive son Christ! dit le héros, par Lui seul on est victorieux!" (1).
Alors, "Charles Martel fond sur les Sarrazins avec toute la furia francese, les bat, les broie, des écrase, comme avec un marteau, dans les champs de Poitiers". (2).
Une fois encore, Marie, de son pied virginal avait triomphé de l'hérésie et la Race Royale des Francs de nouveau avait été son instrument pour écraser le serpent infernal.
Le triomphe avait été obtenu un samedi, jour de la Vierge (3).
Charles Martel attribua sa victoire de Poitiers à Marie. Un an auparavant, la Vierge déjà lui avait donné la victoire lors du siège d'Avignon: Dès l'aube du jour, Charles avait fait célébrer le Saint Sacrifice dans sa tente et reçu la Sainte Communion. Puis à la tête de ses troupes, il avait mis en pleine déroute l'armée ennemie et s'était emparé de cette ville. Pour en remercier Dieu et Marie, il fit célébrer de nouveau les saints Mystères à l'endroit même où la bataille avait prit fin. (4).
Marie bénit spécialement les descendants de Charles Martel: son fils Pépin le Bref monte sur le trône. Il tient à mettre sa couronne sous la protection de la Reine du Ciel et ne veut être sacré que dans une église dédiée à la Vierge. Le Pape vient le sacrer comme étant le Prince le plus digne de régner. En reconnaissance, il vole au secours du Pontife; avec son armée il sert de rempart à l'Eglise quand elle est attaquée, son épée lui assure la victoire et la liberté. Il constitue le Domaine Temporel du Saint Siège, seul gage réel et certain de son indépendance.
La protection mariale ne tarde pas à se manifester, un jour que le Roi s'est égaré à la chasse - dans les forêts profondes de la Tarentaise, aux pieds des glaciers - et désespère de trouver un chemin, tout à coup, le son argentin d'une petite cloche se fait entendre. C'est le salut. Le tintement dirige ses pas; il arrive à un petit ermitage. Le modeste oratoire est dédié à Marie. Avec ferveur et reconnaissance, il prie aux pieds de la madone rustiquement sculptée et y dépose sa toque brodée d'or et ornée de pierreries. Rentré dans son palais, il fait reconstruire la petite chapelle qui depuis lors devient le pèlerinage de N.-D. des Vernettes sur Pesey (5).
Il avait fondé N.-D. de la chaussée en 756 à Valenciennes.
C'est à lui également qu'on doit la fondation de l'abbaye de Sainte-Marie de Sorèze qui devint célèbre au XVIIe siècle quand Louis XIV y installa l'École Militaire des Officiers.
A Pépin, Marie accorda un fils qui devait être si grand que "la grandeur a pénétré jusqu'à son nom: Charlemagne.".
Dès sa plus tendre enfance, Charles a une dévotion profonde à la Sainte Vierge. Aussi, ne cesse-t-il, au cours de son très long règne de développer dans ses Etats le culte de la Reine du ciel. Il ne se contente pas de fréquenter les principaux pèlerinages de la Vierge: Chartres, Rocamadour où il va avec Rolland, Le Puy, dont il fait l'un des trois points du Royaume où les fidèles peuvent acquitter le Denier de Saint-Pierre. Il fait des dons importants à N.-D. de Moutiers, accorde à N.-D. de Condat à Libourne une épine de la Sainte Couronne; il restaure N.-D. des Doms construite par Sainte Marthe et où Saint-Denis et Saint-Rémi sont venus en pèlerinage; les Sarrazins ayant détruit N.-D. des Alyscamps à Arles, fondée par Saint-Trophyme et dédiée "à la Vierge encore vivante", il la reconstruit. Le nombre d'églises et d'abbayes qu'il fonde sous le vocable de Marie est si grand que toutes nos provinces en possèdent plusieurs; citons notamment N.-D. de Ligueux entre Périgueux et Brantôme, N.-D. de Montuzet, près de Blaye, l'Abbaye de Notre-Dame la Fleurie à Figeac, celle de Notre-Dame de Camon près de Mirepoix; N.-D. de Piétat à Saint-Savin de Lavedan près d'Argelès, etc...
Ses armées n'ayant d'autre but que d'étendre la foi et de vaincre les païens, il les met sous la protection de Marie et place son image sur ses étendars, fonde, en partant combattre les Sarrazins, le Monastère de N.-D. de Trémolat, auquel il fait don de la "Sainte Chemise de l'Enfant Jésus" faite par la Sainte Vierge. Au cours de cette guerre, campant près de Foix, et "ayant vu dans la nuit une clarté éblouissante et une Dame rayonnante de beauté", il érige la chapelle de N.-D. de Sabart.
Victorieux des Sarrazins, il construit sur le lieu même de ses victoire N.-D. de Montgauzy, près de Foix et N.-D. de Grâces, près de Nîmes où depuis lors, on prie pour les soldats tombés pour l'Eglise et la France (6).
C'est à ce moment que se place un fait capital tant pour l'éclosion des tendresses de Marie pour la France et, par la France pour le monde entier, que pour l'avenir du culte marial dans notre pays:
En 778, Charlemagne se trouve arrêté le long des Pyrénées devant un château-fort occupé par un prince Sarrazin nommé Mirat. De la prise de ce point stratégique dépend l'évangélisation de toutes les contrées environnantes. Plusieurs mois Mirat résiste à tous les aussauts; et, à toutes les sommations de se rendre, à toutes les propositions d'être fait comte et chevalier de Charlemagne et de conserver toutes ses possessions s'il reçoit le baptême, il répond fièrement: "Je ne connais aucun mortel au-dessus de moi et je préfèrerai la mort à la honte d'une capitulation".
Découragé, Charlemagne allait lever le siège quand son aumônier, l'Evêque du Puy, implore avec ferveur Notre-Dame du Puy. Ses prières ne tardent pas à être exaucées, la Vierge intervient enfin, mais "de telle façon qu'elle seule a l'honneur et les avantages de la victoire: "Un grand aigle ayant déposé devant le fort un énorme poisson, Mirat émerveillé du prodige, envoie le poisson à Charlemagne à qui le messager déclare: "Mon maître fait dire qu'il ne saurait craindre la famine; son vivier lui fournit de trop beaux poissons, il te fait présent de celui-là".
L'évêque du Puy obtient alors de monter à la citadelle en parlementaire: "Arrivé près de Mirat, il lui dit. "Puisque vous ne voulez pas vous rendre à Charlemagne, le plus grand des princes, puisqu'il ne vous plaît pas de l'avoir pour suzerain, reconnaissez au moins pour maîtresse la plus noble Dame qui fut jamais, Sainte Marie du Puy, Mère de Dieu. Je suis son serviteur, soyez son chevalier".
"Sans hésiter, Mirat déclara qu'il était prêt à rendre les armes au serviteur de Notre-Dame, à recevoir le baptême, à condition que son comté ne relève jamais, soit pour lui, soit pour ses descendants, qu d'Elle seule". (7). Charlemagne confirma l'accord.
Mirat reçut le baptême des mains de l'Evêque du Puy et prit dès lors le nom de Lorda qui s'est transformé en Lorde et en LOURDES (8). Plus de mille ans avant les appartions de la Vierge, Elle prenait possession de la terre privilégiée de Lourdes en faisait sa propriété, son bien, sa principauté, puisque le comté de Lourdes devenait ainsi par la volonté de son légitime propriétaire et l'accord du Roi de France fief de Notre-Dame du Puy. C'est ainsi que Charlemagne se trouve jouer un rôle à l'origine de l'histoire de Lourdes. Quoi de surprenant dès lors que Marie ait choisi son propre domaine pour descendre ici-bas et de là inonder la France et le monde entier de toutes ses grâces et de ses bénédictions!
Charlemagne avait placé sa gloire et son salut sous la protection de Notre-Dame dont il portait toujours l'image attachée à son cou par une chaîne d'or, et c'est à sa puissante intercession qu'il attribuait le succès de toutes ses entreprises. Aussi voulut-il laisser aux générations futures un témoignage éclatant de sa piété et de sa reconnaissance à Marie: la basilique d'Aix-la-Chapelle.
"Rien ne fut épargné pour rendre cet édifice l'un des plus beaux de l'univers. L'or, le marbre, le porphyre y furent prodigués, les plus précieuses reliques venues de palestine y furent renfermées et afin que rien ne manquât à la gloire de ce monument, l'Empereur invita le Pape Léon VII à venir le consacrer. Le pape se rendit volontiers au désir de Charlemagne et fit lui-même la cérémonie de la consécration, avec une magnificence extraordinaire, en présence de plus de trois cents évêques, archevêques, cardinaux et grands de l'Empire". (9).
C'est dans cette basilique qu'il avait voulue consacrée à Marie qu'il tint à "être couronné Roi des romains pour faire entendre que c'était en quelque sorte des mains de Marie qu'il tenait son sceptre et sa couronne... On croit communément que c'était d'après l'exemple donné par Charlemagne, qu'était venue la coutume qui s'observait autrefois de couronner les rois romains dans la chapelle et devant l'autel de la sainteté du lieu..." (10).
Eginhard, le grand historien contemporain de l'Empereur et son ministre, ajoute: "Il se rendait exactement à cette basilique pour les prières publiques le matin et le soir, et y allait même aux offices de la nuit et à l'heure du Saint Sacrifice, tant que sa santé le lui permettait; il veillait à ce que les cérémonies s'y fissent avec une grande décence; il recommandait sans cesse aux gardiens de ne pas souffrir qu'on y apportât ou qu'on y laissât rien de malpropre ou d'indigne de la Sainte Vierge". (11).
Le culte qu'il rendait à la Sainte Vierge lui inspira également celui du Saint Esprit et il composa en l'honneur de la Troisième personne de la Trinité cet admirable appel à la lumière divine qu'est le "VENI CREATOR SPIRITUS". (12). Son appel fut entendu, les magifiques Capitulaires de l'Empereur, où il décide que toutes les lois de l'Eglise seront lois de son Empire, en sont la preuve éclatante.
Sentant sa fin prochaine, l'Empereur, qui avait été si grand pendant sa vie, fut aussi grand devant la mort; confiant dans la Reine du Ciel, qu'il avait si bien servie, il voulut être enterré, une statue de Marie sur la poitrine, dans la basilique d'Aix-la-Chapelle qu'il avait édifiée en l'honneur de sa divine Protectrice.
Son fils, Louis le Débonnaire, auquel l'Empereur avait - ainsi qu'à tous ses autres enfants - inculqué l'amour de Marie, demeure toujours fidèle à cette dévotion. Il portait sans cesse sur lui l'image de la Vierge et souvent - même au cours de ses chasses - on le voyait se retirer à l'écart et prier à genoux devant cette image.
"En 816, il publia une Ordonnance autorisant le Comte Beggon, à restaurer le monastère de Saint-Maur des Fossés, contenant la Chapelle de Notre-Dame des Miracles. La tradition veut que ce sanctuaire marial ait été, comme celui de Notre-Dame des Ermites, à Einsiedeln, consacré par Notre-Seigneur lui-même. Louis accorda à Notre-Dame de Cambrai et aux territoires qui en dépendaient, l'immunité et donna pour le luminaire tout ce que le fisc en retirait comme impôt". (13).
Charles le Chauve à son tour continua cette tradition: il fit don à Notre-Dame de Chartres du voile de la Sainte Vierge, que l'Impératrice Irène de Constantinople avait envoyé à Charlemagne.
"Il aimait venir prier dans le sanctuaire de Notre-Dame du Marillais, au diocèse d'Angers. Il donna des privilèges et des richesses à l'Eglise Notre-Dame de la Daurade, à Toulouse. On lui attribue la construction du clocher octogonal du sanctuaire de Notre-Dame de Bethléem, à Ferrières, clocher qui s'écroula en 1739. Le 6 Mai 877, il dédia une abbaye (depuis l'abbaye de Saint Corneille), à Notre-Dame de Karlopole: Notre-Dame de Compiègne... Par ses dons abondants et la restitution des biens confisqueés auparavant à la mense archiépiscopale, il contribua à la construction de la cathédrale de Reims. En sa présence, l'archevêque Hincmar consacra la nouvelle église le 19 octobre 852, et les noms de ces deux bienfaiteurs furent gravés sur l'autel majeur détruit en 1746. Hincmar était grand dévôt de Marie, au point qu'on écrivit dans son épitaphe: Sis pia, cultori, sancta maria, tuo. "Sois, ô sainte Marie, douce à ton dévôt".
Louis le Bègue se fera enterrer dans l'église construite par son Père à Compiègne (14).
Après la déposition de Charles le Gros, son épouse, Sainte Richarde, parente de Sainte Odile, se réfugia en Alsace et fonda le monastère des bénédictines d'Andlau-au-Val et une église en l'honneur de Marie. "A son tombeau, dit un ancien bréviaire de Strasbourg, les aveugles voient, les boîteux marchent, les paralytiques sont guéris, les possédés sont délivrés, les malades de toutes sortes reçoivent du soulagement".

Depuis la mort de Charlemange, les incursions des Normands devenaient de plus en plus fréquentes, et ces nouveaux barbares détruisaient tout sur leur passage, pillant, incendiant, violant, égorgeant, etc.... Nulle part les populations n'étaient en sûreté. Une fois de plus Marie allait porter secours à son peuple:
En 885, lors du siège de Paris, l'Evêque Gauzelin, étant sur les remparts et assistant impuissant aux cruautés inouïes des barbares pirates, leva les mains vers Marie, secours des chrétiens et récita, en larmes, la prière suivante:
"Auguste Mère du Rédempteur et du salut du monde, Etoile radieuse de la mer qui effacez tous les astres par votre éclat, écoutez favorablement la prière du serviteur qui vous implore!". Ayant achevé sa prière, il prit un arc, tira une flèche sur le chef Normand qui roula dans la poussière. Les Normands épouvantés par la mort de leur chef, s'enfuirent. Paris était sauvée (15). A cette époque, la ville tout entière était consacrée à Marie.
Quelques années plus tard, en 911, Rollon, chef de ces pirates met le siège devant Chartres. L'évêque fait appel à Robert duc de France dont le Père c'est immortalisé contre ces nouveaux envahisseurs, à Richard duc de Bourgogne et à Eble, comte de Poitiers, qui répondent à son appel. Un samedi, jour de la Sainte Vierge, le 20 juillet, le pieux évêque ayant prié avec plus de ferveur et de confiance que jamais Notre-Dame, sort du trésor de sa cathédrale le voile de la Sainte Vierge, le porte lui-même en tête des troupes qui foncent sur les assiégeants. A la vue de cet étendard, les Normens pris de panique, perdent six mille huit cents des leurs et sont mis en pleine déroute. Marie avait sauvé la ville, Elle allait faire mieux encore: Rollon, très impressionné par la cause se sa défaite se retire sur Rouen, où il trouve le salut. Le Roi Charles le Simple prescrit à l'Archevêque de Rouen de proposer à Rollon de se convertir moyennant quoi il lui donnerait la province allant de l'Océan au cours de l'Audelle et la main de sa fille. Rollon accepte et reçoit le baptême. Par Marie, Rollon et les Normands avaient trouvé le chemin de Jésus. Un nouveau peuple entrait dans le giron de l'Eglise, les incursions des pirates cessèrent et la France recouvra la paix et la sécurité (16).
Une fois convertis, les Normands vont reconnaître Marie pour leur Reine et lui manifester une fidélité et une dévotion touchantes. Rollon, en l'honneur de Celle qu'il appelle Madame Sainte Marie, rebâtit N.-D. de Rouen où il voudra être enterré, enrichit N.-D. de Bayeux et dote N.-D. d'Evreux. Dans leurs courses aventureuses les Normands se comportent en chevaliers de Marie et lui font une large part de leur butin. Après avoir triomphé des Sarrazins, Tancrède et Robert Guiscard envoient à l'Evêque de Coutances, Geoffroy de Maubray, assez d'agent pour construire cette cathédrale Sainte Marie, dont Vauban disait "Quel est le fou sublime qui a jeté cette merveille dans les airs." (17).
Au cours de ces luttes héroïque, Marie avait suscité une nouvelle branche de la Race Royale des Francs, celle de Robert le Fort et des ducs de France, la préparant à monter sur le trône. Les Capétiens allaient dès lors donner au culte de Marie son plein épanouissement en France.
La branche carolingienne qui s'éteignait, n'avait pas été inférieure à celle des Mérovingiens quant à la sainteté. La Vie des Saints de Mgr Paul Guérin et les bollandistes mentionnent une quarantaine de Saints appartenant à la famille de Chalemagne.

(1) Bathild Bouniol: "La France Héroïque". Cité par l'abbé Périgaud: "Le Baptême de la France". Pp. 361 et 362.
(2) P. Ubald: "Les trois Frances". Pp. 477 et 478.
(3) Recueil des Hist. des Gaules et de la France: III, 316 E. (Annales du Moine de St-Gal); 318, c (Chronique de St Benigne), 701 (Annales des Francs de l'abbé du Four, etc. Hamon (IV 188) assure que cette bataille eut lieu le 8 septembre, ce qui aurait développé encore la célébrité de la fête de la nativité, mais les autres auteurs parlent d'octobre.
(4) C'est en souvenir de cette victoire d'Avignon que son petit-fils, Charlemagne, fit construire le sanctuaire de N.-D. de Rochefort et restaura la basilique de N.D. des Doms que la tradition dit avoir été consacrée par Notre-Seigneur lui-même au cours d'une apparition. Cette consécration miraculeuse est confirmée par deux bulles pontificales, celle de Jean XXII en 1316 et celle de Sixte IV en date du 21 Novembre 1475. (Voir Hamon: op. cit. VII, 5 et 6).
Peron-Vrau: dieu et la France, p. 71.
"Consécration miraculeuse de N.-D. des Doms", curieux mémoire publié à Maseille en 1862, chez Marius Olive, 5e édition.
Bories "La Royale couronne des Rois d'Arles" - Dom Mège: "La sainte Montagne de N.-D. de Grâce de Rochefort - Hamon: op. cit. VII, 101.
(5) M. Guillier Turgis: "Marie Reine de France", p. 150.
(6) Pour tous ces détails, voir: Hamon "Histoire du culte de la Sainte Vierge en France" en sept volumes et M. Guillier Turgis: "Marie Reine de France".
(7) P. Barrau de Lorde "Un miracle avant la lettre au pays des miracles" article publié d'après les archives de la maison de Lorde (Express du Midi; 3 Juillet 1933).
(8) Louis Guérin. "Lourdes", page 8. Paris 1930
(9) R. P. Huguet, Mariste "Trésor, historique des Enfants de Marie, T. II, p. 55.
(10) Eginhard "Vie de Charlemagne" Chap. XXVI - Cité par Dom Bouquet "Recueil des Historiens des Gaules et de la France" tome V. p. 99 C, voir également le même recueil "Les grandes chroniques de Saint-Denis" (Livre III, Cap. I et Livre IV, Cap. II) tome V. pp. 264 et 285).
(11) Abbé Dessailly. "Le grand Testament de Saint-Rémi" p. 109.
(12) Abbé Buron: "Marie det la Maison de France". Revue des Prêtres de Marie, Reine des Coeurs, décembre 1938. - A Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée).
(13) Pour tous ces faits consulter Dom Bouquet "Recueil des Historiens des Gaules et de la France". tome VII, p. 80 A et 274 B; Tome VIII, p. 80 A.
(14) Voir le poète contemporain Abbon - Chant I vers 328. Hamon - op. cit. I, pp. 14 à 16.
(15) Toutes les références indiqueées ci-après sont celles du "Recueil des Historiens des Gaules et de la France". Le miracle de Chartres est relaté par les historiens suivants:
"Historia Normannorum" ex Willemi Gemeticensis Monachi VIII, 256 I)
"Ex alio fragmento historiae franciae" id. p. 302 C.
"Brevi chronico S. Martini Turonensi" id. 316 D.
"Chronique de Hugue, moine de Fleury sur les Rois modernes des Francs" id. pp. 318 A et 322 A.
"Histoire d'Orderie Vital, Moine de Saint Evroul" tome IX, p. 10 B.
"Ex chronic. Rotomag." id., p. 87 D.
"Ex chron. S. Florentii in Prob. novae Hist. Britanniae", id. 87 D.
Les historiens suivants relatent seulement le baptême de Rollon et son mariage avec Gisle, fille de Charles le Simple:
Ex chron. Roberti Abbatis S. Michaelis, edito ab Acherio ad Calcens Operum Guibert Abbatis Novigenti - id. p. 87 E.
"Ex chronico Piscanensi" d'après Labbe - id. 87 E, etc.
(16) Voir Mgr Ricard "La Mission de la France" p. 150.